Droits TV: Telefoot, des prolongations qui durent

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Paris (AFP)

La chaîne de Mediapro, Telefoot, a obtenu vendredi une rallonge de diffusion de la L1 jusqu'au 3 février, alors que le groupe sino-espagnol n'a plus les droits TV depuis plus d'un mois. Malgré l'appel d'offres lancé par la LFP censé régler rapidement la question, ce schéma risque de durer.

Le divorce se prolonge... La peur de l'écran noir étire de façon inattendue la relation pourtant officiellement terminée entre le football français et Telefoot qui devait normalement cesser de diffuser les matches de L1 et de L2 le 31 janvier.

La chaîne de l'opérateur sino-espagnol a grappillé trois jours de plus et pourrait "continuer à diffuser encore après cette date", selon une source proche du dossier avec notamment le choc OM-Paris SG en ligne de mire le 7 février.

Cet accord acte en tout cas une situation tout à fait unique et paradoxale qui veut que 80% des journées de L1 soient diffusées, "mais que le cash ne rentre pas", confie une source proche de la LFP.

- "Infructueux" -

Officiellement, la LFP a laissé jusqu'au 1er février pour que les éventuels repreneurs des droits TV, laissés vacants depuis le 22 décembre, puissent candidater pour récupérer 80% des matches de L1 et L2, que Mediapro avait acheté 800 millions d'euros par an.

Et elle s'est laissée jusqu'au 5 février pour désigner un éventuel repreneur.

Sauf que l'un des scenarii les plus probables, c'est celui d'un appel d'offres infructueux.

"Il y a des très grandes chances que le prix de réserve fixé par la LFP ne soit pas atteint", juge Arnaud Simon, ancien directeur général d'Eurosport et désormais consultant.

L'arrivée d'Amazon, qui, selon certains médias, pourrait peut-être faire une offre pour un des lots vacants, ne semble a priori pas non plus une option crédible pour sauver le football français.

"En Italie, tout le monde disait qu'Amazon allait participer à l'appel d'offre de la Serie A, et ils ne l'ont pas fait. Ce n'est pas leur stratégie d'investir à long terme dans le foot", assure Pierre Maes, auteur d'un livre sur le business des droits TV.

Amazon, détenteur d'une vingtaine de matches de Premier League en Angleterre et de quelques matches de la Bundesliga, n'a en effet encore jamais acheté les droits d'un championnat.

"Je n'ai pas de boule de cristal, mais on va vers ça, l'appel d'offres s'est fait trop rapidement, le contexte juridique n'est pas clarifié", rappelle Arnaud Simon.

Canal+ a en effet d'ores et déjà saisi la justice pour contester la "consultation de marché" lancée par la LFP, jetant un doute sur la solidité juridique de l'appel d'offres, de quoi freiner quelques ambitions.

"C'est comme si vous vouliez acheter un appartement, mais que l'appartement d'à côté, le propriétaire a attaqué le promoteur et que cela peut mettre en péril votre achat. Et bien vous n'avez plus envie d'acheter", résume Arnaud Simon.

"Le prix de réserve ne sera pas atteint sauf surprise improbable", corrobore Pierre Maes.

- Canal a "torpillé" l'appel d'offres -

Et si jamais un nouvel entrant parvenait à récupérer les droits - un scénario très improbable -, Canal+ ne devrait pas rester inactif.

"Il attaquera aussi sec", assure la source proche de la LFP. "Ce qu'a fait Canal, c'est quand même une façon de torpiller l'appel d'offres", tranche Arnaud Simon.

Si aucun repreneur n'est choisi, la LFP devra alors relancer les négociations de gré à gré. "On reviendra au point de départ avec des négociations beaucoup plus tendues entre Canal et la LFP, on aura juste perdu un mois", anticipe Pierre Maes.

La LFP peut-elle alors changer d'opérateur pendant cette période, en choisir un qui n'ait pas acheté les droits, et de surcroît capable de diffuser des matches? "Ca semble évidemment compliqué", assure Arnaud Simon.

Pour l'instant, Telefoot engrange encore "quelques abonnements", selon une source proche du dossier.

Mediapro doit continuer à assurer le coût de la couverture technique des matches et le fonctionnement de sa chaîne qui s'élève à environ 4 millions d'euros par mois. "Mais là ils ne perdent pas d'argent", assure une source ayant connaissance du dossier. "Ca arrange bien Mediapro cette situation", conclut Pierre Maes.