Sport clandestin à Paris: "si je n'ai pas le karaté je deviens folle"

Paris (AFP) –

Publicité

"Si je n'ai pas le karaté, je deviens folle"! Comme d'autres habitués parisiens des kimonos et des gymnases, fermés en période de pandémie, Sonia s'adonne depuis des semaines à la pratique sportive clandestine, pour préserver sa santé mentale.

Le travail solitaire de thèse pèse sur cette étudiante en doctorat d'archéologie, pour qui pratiquer régulièrement son art martial est un besoin vital en cette période de crise sanitaire et de restrictions.

La pratique du sport en extérieur est toujours autorisée en France, mais quasiment réduite à néant en raison du couvre-feu à 18h.

Mais "il faut avoir l'autorisation pour être à plusieurs", fustige Didier, chef de projet dans le bâtiment, tout en racontant s'être fait "virer" d'un parc lors d'un entraînement en plein air. "On a pas d'autre choix que la clandestinité", justifie ce passionné de karaté.

- "Un art de vivre" -

Simon, le patron du magasin, ami de Sophie qui pratique le karaté depuis plus de 20 ans, accepte depuis cet hiver d'accueillir entre midi et deux plusieurs karatékas dans son "showroom", une salle souterraine où ses meubles vernis sont entreposés.

Aménagé, le sous-sol révèle un espace suffisamment grand pour les échauffements mais les larges techniques de percussions, d'attaque et de défense du sport de combat sont plus laborieuses à réaliser.

"Soto, yaku, mae geri, haito", scande en rythme cette statisticienne quarantenaire, également ceinture noire, tandis que Sonia, sa sœur jumelle Anna, Didier et Ben tentent de synchroniser leurs mouvements aux siens avec précision, contrôle et souplesse.

"Ce qui m'oppresse, c'est la distinction qu'ils font entre le sport amateur et le sport professionnel: comme si les professionnels avaient besoin du sport sous prétexte qu'ils sont payés", explique Sophie. Mais "le karaté, pour nous, c'est un art de vivre".

"C'est aberrant de ne pas penser à l'impact que ça peut avoir d'arrêter ce genre de pratique pour les gens. On parle beaucoup des problèmes psychologiques qui peuvent être liés au confinement, et empêcher les sportifs de faire ce qui est important pour eux et pour leur équilibre c'est un peu aussi les pousser à péter les plombs", constate Sonia, qui habite dans un 18m2.

- "Dangereux irresponsables" ? -

Enchaînant chorégraphie après chorégraphie au milieu du mobilier coloré tremblant à chaque réception des sauts des cinq karatékas, le bonheur de se retrouver prend le pas sur la culpabilité de la désobéissance civile.

"Ce qui me motive c'est le besoin de pratiquer avant tout. C'est un vrai manque quand c'est plus là", confesse Didier. "Je n'ai pas l'impression d'être un dangereux irresponsable en faisant ça".

"On le sait qu'on enfreint la loi puisqu'on n'y est pas autorisés et clairement je m'en fiche parce que pour moi la loi est débile", lâche Sophie. "On porte des masques, on se met du gel hydroalcoolique, on n'est jamais plus de six et c'est toujours les mêmes avec qui on s'entraîne", dit-elle.

Sonia conclut : "J'estime que je cours beaucoup moins de risques en venant m'entraîner ici avec les gens que je connais, et que je côtoie par ailleurs, que dans les transports en commun".

Les salles de sport sont fermées depuis plusieurs mois en France. La ministre des sports Roxana Maracineanu a annoncé le 20 janvier qu'un masque spécialement créé pour pratiquer le sport en sécurité était à l'étude mais il devra être validé par les autorités de santé.

Le gouvernement veut se donner le temps d'observer les résultats du couvre-feu avant de décider ou non d'un troisième confinement, mais Sophie, Didier, Sonia, Ben et Anna feront tout pour poursuivre leur pratique clandestine du karaté.