Droits TV: face à l'urgence, quelles options pour la Ligue ?

Siège de la Ligue de football professionnel (LFP) à Paris, le 1er février 2021
Siège de la Ligue de football professionnel (LFP) à Paris, le 1er février 2021 FRANCK FIFE AFP
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Paris (AFP)

L'échec de l'appel d'offres pour la ré-attribution des droits TV de la Ligue 1 place le football français dans une situation délicate, entre choix stratégiques à arrêter, incertitude juridique à gérer et diffuseur à trouver pour Marseille-Paris SG dimanche.

. Quelles options pour la Ligue ?

La Ligue de football professionnel (LFP) s'est octroyée lundi soir 48 heures pour définir sa stratégie, au terme d'un conseil d'administration de quelques minutes à peine, durant lequel plusieurs voix se sont élevées pour demander plus d'explications aux dirigeants, selon une source proche du dossier.

Quelques instants plus tôt, la LFP avait reconnu que sa consultation de marché, lancée pour réattribuer les rencontres délaissées en décembre par le diffuseur défaillant Mediapro (80% de la L1 et de la L2), était infructueuse.

Selon les modalités de la procédure, consultées par l'AFP, il est prévu dans ce cas que la LFP engage "immédiatement des discussions de gré à gré portant sur tout ou partie des droits non-attribués (...) avec toute personne que ce soit, y compris notamment tout candidat ou autre acteur intéressé".

Amazon, la plateforme de streaming DAZN et le groupe Discovery (Eurosport), tous trois candidats lundi mais dont les offres n'ont pas été jugées suffisantes, peuvent donc être relancés dans les prochains jours.

Le dispositif permet aussi aux dirigeants du football professionnel de négocier avec Canal+ et beIN Sports, les deux grands absents de l'appel d'offres. Une offre globale de 590 millions d'euros pour toute la Ligue 1 avait été évoquée par la chaîne cryptée fin 2020, selon plusieurs sources. Mais rien n'assure que cette proposition tienne toujours, ni que Canal+ soit prêt à négocier en gré à gré.

Lancer un appel d'offres global, ce que Canal+ souhaite, est aussi une option pour la Ligue. Inconvénient majeur: elle tirerait ainsi un trait sur l'essentiel de ses revenus audiovisuels actuels, les 330 M EUR annuels payés par Canal+. Avantage: la chaîne cryptée devrait enfin jouer cartes sur table face aux ambitions des nouveaux acteurs.

. A quoi jouent Canal+ et beIN Sports ?

Du côté de Canal+, cette absence d'offre lundi ne faisait guère de doute: la filiale de Vivendi souhaite restituer le lot de rencontres qu'il diffuse actuellement via un accord de sous-licence signé avec beIN Sports (20% de la L1), avant de se positionner.

Il a d'ailleurs déposé des recours en ce sens auprès du tribunal de commerce de Paris et de l'Autorité de la concurrence.

BeIN Sports, de son côté, semble s'être rangée dans le camp de Canal+, même si sa position est délicate, entre une Ligue 1 chère au patron Nasser Al-Khelaïfi, également président du Paris SG, et un accord de distribution exclusive signé avec Canal.

"Il n'y a aucune chance que beIN accepte de se retrouver seule à couvrir tous les risques si Canal veut rendre les droits", juge un expert du marché.

En revanche, la chaîne qatarie n'a pas déposé de recours de son côté et ne prévoyait pas non plus ces derniers jours de demander la restitution des droits des matches de Ligue 2 qu'elle diffuse, selon une source proche du dossier.

Le comportement des deux chaînes risque d'être scruté ces prochains jours, car la Ligue attend vendredi le versement de l'échéance de février, dû par Canal+...

. Quel diffuseur pour Marseille-PSG ?

L'autre urgence à court terme, c'est de trouver un diffuseur pour la 24e journée de Ligue 1 et de Ligue 2, prévue ce week-end.

Pour la 23e journée prévue mardi et mercredi, Téléfoot, la chaîne de Mediapro, continue d'émettre et se tient prête à jouer les prolongations ensuite, en vue notamment du "Classique" de Ligue 1 opposant Marseille au Paris SG, dimanche à 21h00.

Mais la Ligue a également reçu depuis plusieurs semaines d'autres propositions de chaînes offrant leurs services gratuitement. C'est par exemple le cas de M6, qui a réitéré son intérêt lundi via son patron Nicolas de Tavernost.

Canal+ avait aussi proposé une solution en "pay per view" (paiement à l'acte) sur ses plateformes. Début janvier, un accord avait été trouvé entre la LFP et Canal pour la co-diffusion du Trophée des champions avec Téléfoot. Vu le conflit, la Ligue peut-elle se permettre de faire un autre pas vers la chaîne cryptée ?