Italie : l'ex-patron de la BCE Mario Draghi chargé de former un gouvernement

L'économiste italien et ex-président de la BCE Mario Draghi au palais Koch, siège central de la Banque d'Italie, le 29 mai 2020.
L'économiste italien et ex-président de la BCE Mario Draghi au palais Koch, siège central de la Banque d'Italie, le 29 mai 2020. © Alessandro di Meo, AFP

Mario Draghi, ex-chef de la Banque centrale européenne, a été chargé, mercredi, de former un gouvernement pour permettre à l'Italie, paralysée depuis la démission du Premier ministre Giuseppe Conte, d'affronter la crise sanitaire et de procéder aux arbitrages du colossal plan de relance financé par l'UE.

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Le chef de l'État italien, Sergio Mattarella, a chargé, mercredi 3 février, l'ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, de former un gouvernement, ce que ce dernier a accepté "sous réserve" de trouver une majorité parlementaire.

Sergio Mattarella "a reçu ce matin (...) Mario Draghi, auquel il a donné mandat de former le gouvernement. Mario Draghi a accepté sous réserve", a indiqué le secrétaire général de la présidence, l'acceptation "sous réserve" étant la formule consacrée en Italie dans la phase de recherche d'une majorité parlementaire. Celui-ci a appelé à "l'unité" pour affronter "un moment difficile".

"Vaincre la pandémie"

Dans une première déclaration, le responsable de 73 ans, crédité d'avoir sauvé la zone euro en 2012 en pleine crise de la dette, a tracé les défis qui l'attendent : "vaincre la pandémie, continuer la campagne de vaccination et relancer le pays".

Mario Draghi, dont l'arrivée à a été saluée, mercredi, par une Bourse de Milan en hausse, s'est dit "confiant que l'unité émergera des discussions avec les partis politiques, les groupes politiques et les forces sociales", dans un moment "difficile".

Sergio Mattarella s'était prononcé, la veille, pour un gouvernement de "haut niveau" capable "d'affronter les graves crises actuelles: sanitaire, sociale, économique". Lançant un appel à tous les partis politiques pour qu'ils soutiennent ce gouvernement, il a fermement exclu la tenue d'élections anticipées en pleine pandémie, qui a déjà fait plus de 89 000 morts dans le pays et mis à terre l'économie.

Il avait dû prendre acte de l'échec des consultations pour la reconduction de la coalition sortante menée par Giuseppe Conte, composée du Parti démocrate (PD, centre-gauche), du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème jusqu'à son arrivée au pouvoir) et du petit parti Italia Viva (IV) de Matteo Renzi.

Matteo Renzi, ex-chef du gouvernement italien qui a provoqué l'éclatement du gouvernement en retirant récemment l'appui de son parti, jubilait mercredi. "Toutes les personnes de bonne volonté doivent répondre à l'appel du président Mattarella et soutenir le gouvernement de Mario Draghi", a-t-il commenté sur Twitter.  

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"Rassurer l'Europe"

Également ravi, Romano Prodi, ex-président de la Commission européenne et ancien Premier ministre (Parti démocrate), a jugé que M. Draghi "protégera le pays". "Dans ce moment si délicat, il est indispensable de chercher à rassurer l'Europe sur la crédibilité de notre système", a-t-il déclaré au journal La Stampa.   

"Merci, président Mattarella", a lancé sur Twitter le Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Paolo Gentiloni, qui figure lui aussi sur la longue liste des Premiers ministres d'un pays à l'instabilité politique chronique.

Pour relancer l'économie exsangue, l'Italie table sur un plan de plus de 200 milliards d'euros financé par le méga-plan européen de relance décidé en juillet par l'Union européenne, alors que la troisième économie de la zone euro a affiché en 2020 l'une des pires chutes du PIB de la zone euro (-8,3 %). L'Italie doit présenter ses propositions à Bruxelles d'ici le 30 avril.

Le chef du PD, Nicola Zingaretti, s'est dit "ouvert au dialogue pour le bien du pays". Mais pour un autre dirigeant du parti, Andrea Orlando, le seul nom de Draghi ne pourra pas "résoudre tous les problèmes" par magie, et il faudra se retrousser les manches pour trouver "une convergence sur un programme de réformes".

L'aval du M5S

Obtenir l'aval du M5S sera plus compliqué. Le chef des sénateurs M5S au Sénat, Vito Crimi, a déjà annoncé qu'il n'apporterait pas son soutien à "la voie impraticable" d'un "gouvernement technique" provisoire.

"Ce type d'exécutif a déjà été adopté dans le passé, avec des conséquences extrêmement négatives pour les citoyens italiens", a-t-il fustigé.

À droite, plusieurs responsables de Forza Italia, la formation de Silvio Berlusconi, se sont déclarés favorables à Mario Draghi.

Mario Draghi, réputé pour sa discrétion, son sérieux et sa détermination, est "une personne extrêmement bien préparée et déterminée", a commenté pour l'AFP Giuliano Noci, professeur de stratégie à l'école de commerce de Polytechnique à Milan. "Il serait certainement en mesure de sortir l'Italie de la crise, avec le soutien du pays et du Parlement".

Avec AFP

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