Droits TV: presque trois ans de soubresauts pour le foot français

Le milieu rennais Flavien Tait marqué par le Lillois Mehmet Celik lors de la première journée de Ligue 1 à Villeneuve-d'Ascq, le 22 août 2020
Le milieu rennais Flavien Tait marqué par le Lillois Mehmet Celik lors de la première journée de Ligue 1 à Villeneuve-d'Ascq, le 22 août 2020 FRANCOIS LO PRESTI AFP/Archives
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Paris (AFP)

Le foot français avait sabré le champagne en 2018 avec le milliard d'euros annuel acquis pour ses droits TV. Près de trois ans plus tard, la défaillance de Mediapro l'a plongé dans la crise, contraignant la Ligue à négocier un accord d'urgence avec Canal pour la fin de saison.

- Mai 2018: Mediapro sort du chapeau -

Le 29 mai 2018, la Ligue de football professionnel (LFP) annonce avoir cédé les droits TV nationaux de la Ligue 1 sur 2020-2024 contre un montant annuel de 1,153 milliard d'euros, dont 780 millions censés provenir de Mediapro. Une aubaine pour les clubs de l'élite qui tirent plus d'un tiers de leurs recettes des droits TV en moyenne.

Le diffuseur historique Canal+ émet publiquement des doutes sur la solidité de Mediapro, qui a perdu les droits de Serie A en Italie, faute de garantie bancaire. Mais la LFP se veut rassurante. "Les situations ne sont pas comparables", clame son directeur général exécutif Didier Quillot.

- Août 2020: la chaîne Téléfoot sort de terre -

Contre 25,90 euros par mois, la nouvelle chaîne Téléfoot créée par Mediapro propose aux téléspectateurs huit matches par journée, dont les dix plus belles affiches de la saison.

Le lancement attendu le 21 août est gâché par le Covid-19. La Ligue est contrainte de reporter le choc Marseille - Saint-Étienne à cause de joueurs contaminés, le remplaçant par un triste Bordeaux-Nantes (0-0).

- 7 octobre: la bombe lâchée par Roures -

Le 24 septembre, Mediapro demande à la Ligue un délai de paiement concernant la prochaine échéance des droits audiovisuels, attendue au 5 octobre.

Le patron de Mediapro s'explique dans un entretien à L’Équipe le 7 octobre. "Nous voulons rediscuter le contrat de cette saison. Elle est très affectée par le Covid-19", justifie Jaume Roures. "Les bars et les restaurants sont fermés, la publicité s'est effondrée...".

La Ligue reste inflexible et une procédure de conciliation s'ouvre pour trouver un accord entre les deux parties. Jaume Roures se dit "optimiste" dans un entretien à l'AFP, affirmant que Téléfoot "ne va pas disparaître". Mais les versements de Mediapro à la LFP s'arrêtent.

- 11 décembre: la rupture du contrat -

La Ligue scelle un accord de retrait avec Mediapro, obtenant 100 M EUR de dédommagement en échange de l'assurance de ne pas poursuivre le diffuseur. L'accord, validé par le tribunal de commerce, prévoit que Téléfoot continue de diffuser à ses frais les matches jusqu'au 31 janvier 2021, le temps qu'un nouveau diffuseur soit trouvé pour les droits TV, retombés dans l'escarcelle de la Ligue.

- 12 janvier: Canal+ monte au créneau -

La Ligue espérait trouver un accord de gré à gré rapide avec Canal+, son diffuseur historique, pour reprendre la L1. Mais son patron, Maxime Saada, appelle dans un entretien au Figaro à l'organisation d'un appel d'offres global, avançant que "la Ligue 1 a perdu beaucoup de valeur". Il souhaite restituer les matches que Canal diffuse (20% de la L1 pour 330 M EUR annuels), leur valeur ayant été selon lui "surévaluée" dans l'appel d'offres de 2018.

- 19 janvier: la consultation de marché et le recours -

La LFP se résout à mettre sur pied une consultation de marché, uniquement pour les lots de matches délaissés par Mediapro, mais pas les matches diffusés par Canal+. Les diffuseurs intéressés n'ont qu'une dizaine de jours pour préparer leurs offres, dans un marché en net repli.

Canal ne l'entend pas de cette oreille et une semaine plus tard, la chaîne du groupe Vivendi conteste la procédure devant le tribunal de commerce de Paris. Une audience est programmée le 19 février, bien après l'issue de la consultation.

- 1er février: le nouvel appel d'offres échoue -

La nouvelle consultation est un échec. S'il y a bien des offres de la part du géant Amazon, de la plateforme sportive DAZN et du groupe Discovery, aucune n'atteint le prix de réserve fixé par la LFP.

On se dirige vers une négociation de gré à gré pour trouver des diffuseurs. La Ligue se donne un à deux jours de réflexion.

- 4 février: la fin de saison sur Canal+ -

La Ligue annonce un accord avec Canal+ : la chaîne cryptée récupère les droits TV vacants de la L1 et la L2 jusqu'à la fin de la saison 2020-21, une solution pour parer à l'urgence mais qui ne règle pas la question des trois années suivantes.

Au final, cet accord se traduit par une baisse des revenus télévisuels des clubs à hauteur de 49% pour l'actuelle saison de L1, selon des sources ayant connaissance du dossier. D'après elles, Canal+ a en effet proposé une rallonge de 35 M EUR pour diffuser la fin de saison, en plus des matches qu'elle diffuse pour 330M EUR sur la saison.