RER B: Alstom choisit l'affrontement en retirant l'offre de Bombardier Transport

Alstom va à l'affrontement avec ses principaux clients en retirant l'offre de Bombardier Transport, pourtant retenue par la RATP et la SNCF
Alstom va à l'affrontement avec ses principaux clients en retirant l'offre de Bombardier Transport, pourtant retenue par la RATP et la SNCF Pascal GUYOT, ERIC PIERMONT AFP/Archives
5 mn
Publicité

Paris (AFP)

Alstom a choisi d'aller à l'affrontement avec ses principaux clients jeudi en retirant l'offre de Bombardier Transport, pourtant retenue par la RATP et la SNCF pour fournir les nouvelles rames de la ligne B du RER, expliquant que le contrat n'est pas viable.

Bombardier Transport et l'Espagnol CAF avaient été retenus, face à l'offre (plus chère) du constructeur ferroviaire français, pour fournir 146 rames de RER, pour 2,56 milliards d'euros, la livraison des premières rames étant prévue fin 2025.

Mais Alstom a multiplié les recours, parvenant à retarder la signature du contrat jusqu'à sa prise de contrôle de Bombardier Transport, effective depuis le 29 janvier.

Le groupe français explique avoir mené "plusieurs audits, internes et externes" depuis qu'il a récupéré les clefs de Bombardier. "A ce stade, Alstom a déjà identifié plusieurs non-conformités disqualifiantes qui auraient dû conduire la RATP (responsable de l'appel d'offres, NDLR) à rejeter l'offre de Bombardier-CAF", indique-t-il.

"Les conditions technico-financières de l'offre du consortium Bombardier-CAF ne correspondent pas aux prix de marché et ne permettent pas d'exécuter ce contrat sans risques importants pour le financeur, l'exploitant, les voyageurs et pour notre entreprise", juge sévèrement le constructeur ferroviaire.

Le groupe français, dont les propositions de médiation ont été rejetées, dit par conséquent "n'[avoir] eu d'autre choix" que d'annoncer le retrait de l'offre de Bombardier Transport.

S'il a "toujours honoré ses contrats", il indique n'avoir "jamais signé ni démarré" un contrat qu'(il) sait, dès la signature, déséquilibré (techniquement, industriellement ou financièrement)".

- "Trop belle pour être vraie" -

Le PDG d'Alstom Henri Poupart-Lafarge avait évoqué mercredi la perspective de perdre "beaucoup d'argent" sur ce contrat, jugé mal ficelé.

"Cette offre est trop belle pour être vraie", a-t-il expliqué jeudi soir dans un entretien au Figaro.

"Elle montre une agressivité sur les coûts qui n'est pas raisonnable. Les choix techniques ne comportent aucune marge d'erreur, ceux des équipements sont réalisés au plus juste et le gabarit des trains n'est pas aux normes", a-t-il accusé.

"Le calendrier de développement des trains est de 50% inférieur et le prix de 20% inférieur à ceux du RER E de nouvelle génération sur lequel Bombardier perd de l'argent", a poursuivi le nouveau propriétaire de Bombardier Transport.

"Si nous acceptions ces conditions, il est certain que la RATP, qui est un client très exigeant, nous demanderait de tout refaire et nous pénaliserait en cas de retard", a-t-il ajouté.

"Il reste l'offre d'Alstom qui est toujours sur la table", a relevé le dirigeant.

"Nous pouvons discuter de cette offre ou de celle de Bombardier Transport-CAF...", a-t-il ajouté. M. Poupart-Lafarge avait indiqué hier qu'il faudrait dans ce dernier cas discuter aussi des conditions financières, en clair revoir le prix à la hausse.

"Si la RATP ne veut pas discuter et que le RER B prend du retard, ce sera de sa responsabilité et de celle de la région Ile-de-France, qui devront lancer un nouvel appel d'offres", a asséné Henri Poupart-Lafarge.

- Stratégie d'entrave"-

La RATP, la SNCF et Ile-de-France Mobilités -qui finance les trains, appelés "MI20"- n'ont pas réagi dans l'immédiat.

Ces trois très gros clients d'Alstom considèrent que le constructeur est tenu d'honorer le contrat, signature ou pas, dès lors qu'il a fait une offre ferme et qu'il a été retenu.

"Il ne faut pas oublier que dans la commande publique, quand vous avez fait une offre, qu'elle est ferme et qu'elle est acceptée, on ne peut pas négocier", avait souligné mardi la PDG de la RATP, Catherine Guillouard.

La présidente d'Ile-de-France Mobilités (et de la région Ile-de-France) Valérie Pécresse a encore dénoncé jeudi matin "la stratégie d'entrave absolument scandaleuse d'Alstom", lui demandant de "tenir sa parole".

"En agissant ainsi, Alstom va à l'encontre des intérêts d'un de ses plus gros clients au niveau mondial", avec 19 milliards d'euros de commandes passées au groupe et à Bombardier, a-t-elle regretté.

Henri Poupart-Lafarge dit être conscient du "risque en termes d'image pour Alstom", et assume la perspective d'un recours en justice.

"Si nous sommes attaqués, nous expliquerons en détail pourquoi l'offre que nous retirons n'est ni viable ni exécutable", a-t-il indiqué au Figaro.