Victime de commotions, l'ex-rugbyman gallois Alix Popham face à son plus grand défi

L'ancien international de rugby gallois Alix Popham pose avec son épouse Mel, à Monument Vallery (Arizona)
L'ancien international de rugby gallois Alix Popham pose avec son épouse Mel, à Monument Vallery (Arizona) - POPHAM FAMILY/AFP/Archives
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Londres (AFP)

Dix ans après avoir raccroché les crampons, l'ancien international gallois de rugby Alix Popham fait face aux dommages causés par les coups à la tête qu'il a reçus pendant des années.

L'an dernier, à seulement 40 ans, Popham, 33 sélections sous le maillot gallois entre 2003 et 2008 et deux Coupes du Monde à son actif, a appris qu'il était probablement atteint d'une encéphalopathie traumatique chronique (ETC). Cette maladie dégénérative des cellules cérébrales est imputée à des coups répétés reçus à la tête et à des commotions.

Aux côtés d'autres anciens rugbymen internationaux, dont l'ex-talonneur anglais Steve Thompson, Popham mène une action en justice contre World Rugby et les fédérations anglaise et galloise. Selon eux, les instances dirigeantes de leur sport n'ont pas suffisamment protégé les joueurs des conséquences liées aux commotions cérébrales.

"L'ETC n'est diagnostiquée de façon certaine qu'une fois mort", explique à l'AFP Mel Popham, l'épouse de l'ancien joueur, dans un entretien par Zoom, depuis leur domicile du pays de Galles.

"Je n'ai pas prévu de partir prochainement", assure Alix Popham, 41 ans.

L'ex-troisième ligne explique que les commotions cérébrales n'étaient pas vues comme des blessures graves du temps où il jouait chez les Scarlets et à Brive. "Il n'y avait aucune prévention autour des commotions", dit-il.

- Pertes de mémoire -

"Pendant l'entraînement, tu voyais trente-six chandelles après un coup. On te donnait des sels à respirer, c'était tout. L'entraînement était plus dur que les matches. Les joueurs qui voulaient ta place n'y allaient pas de main morte. C'était le +Far West+", se souvient-il.

D'après sa femme, qu'Alix Popham considère comme "sa mémoire", les symptômes étaient déjà présents depuis un moment.

"Début 2019, j'ai remarqué des problèmes avec sa mémoire à court terme. On a eu quelques incidents plus sérieux: il a mis le feu à la cuisine avec le gril", raconte-t-elle.

Après avoir longtemps remis les choses à plus tard, Popham prend réellement conscience du problème en septembre 2019.

"Il était parti faire un tour à vélo --ce qu'il avait fait des centaines de fois-- mais à un moment, il ne savait plus où il était", relate Mel. "Il a refait le chemin sur son smartphone et est rentré à la maison très perturbé et affecté."

Après des examens neurologiques poussés, la nouvelle tombe. "C'était d'autant plus dur que c'était pendant le confinement. L'appel s'est déroulé via un écran", explique la femme de l'ancien joueur des Scarlets. "Le médecin nous a envoyé un rapport de cinquante pages. J'ai couru aux toilettes. J'avais la nausée. Pendant les quatre jours qui ont suivi, on est passés de l'incrédulité à la peur et à la colère."

- "Peur de l'inconnu" -

La santé de Mel Popham a également été affectée par le diagnostic qui a conduit le couple à prendre des décisions difficiles.

"On vous donne un plan sur cinq à dix ans, mais pour être très honnête avec vous, nous avons décidé de ne pas l'accepter. On continue à faire des plans au-delà de cela même si on a dû les adapter", explique Mel.

"Nous avons pris la difficile décision de ne pas avoir de petit frère pour notre fille (Darcey). Cela a été déchirant", ajoute-t-elle, la voix brisée par l'émotion.

Toutes sortes de sentiments traversent alors l'esprit de l'ancien joueur.

"C'était un mélange de peur, de peur de l'inconnu, de ne pas être capable d'aider Mel et mes trois filles (dont Holly et Isobel, nées d'une précédente union)", explique Alix Popham. "De ne pas être à même de faire un discours à leur mariage ou de ne pas pouvoir les conduire à l'autel. Mais nous avons choisi de ne pas nous laisser abattre."

Les instances du rugby n'ont pas commenté les détails de l'action en justice, mais ont déclaré dans un communiqué commun qu'elles prenaient "très au sérieux" la santé des joueurs.

Les Popham ont participé à la création de l'association Head of Change qui vient en aide aux anciens rugbymen et footballeurs atteints de maladies neurodégénératives causées par leur sport.

Ils organisent le mois prochain le Rugby Ride Challenge, une course cycliste virtuelle de 24 heures. Menée par Alix Popham et soutenue par le Gallois Geraint Thomas, vainqueur du Tour de France 2018, la course a attiré près de 100 anciens rugbymen dont le Français Thierry Dusautoir.

Les Popham rêvent toujours de vivre sur la côte galloise malgré leurs vies bouleversées. Mel Popham a cependant un souhait encore plus fort: "L'objectif de ma vie est de garder Alix en vie le plus longtemps possible."