Covid et Taxes, un cocktail de démondialisation amer pour les vins et spiritueux

Des Armagnac de dizaines d'années d'âge dont un de 1878, au Château Laubade, à Sobets, dans le Gers le 9 février 2021
Des Armagnac de dizaines d'années d'âge dont un de 1878, au Château Laubade, à Sobets, dans le Gers le 9 février 2021 GEORGES GOBET AFP
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Paris (AFP)

Taxes américaines, fermeture des duty free, arrêt du tourisme: la filière française des vins et spiritueux et ses 500.000 emplois paie le prix fort de la démondialisation à l'oeuvre, avec un fort recul de ses exportations et des menaces sur la pérennité de certaines entreprises.

"Le cocktail taxes + Covid a un goût amer", a déclaré jeudi le président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux, César Giron, en annonçant une baisse de 14% des exportations françaises l'an passé.

Partout dans le monde en même temps, la fermeture des cafés, clubs, hôtels, restaurants a fait chuter les exportations de cognac (-21%), d'armagnac (-39%), ou même de champagne (-20%) en 2020.

L'arrêt du trafic aérien et la fermeture des zones de ventes en duty-free dans les aéroports sont jugés responsables de la chute de 31% des exportations vers Singapour.

Toutefois, le véritable "choc" est venu des Etats-Unis, premier marché pour les vins français qui s'y assuraient jusqu'à peu des marges confortables. La chute des exportations vers ce pays a constitué à elle seule 55% de la baisse des exportations françaises de vins tranquilles, calcule la FEVS.

Accusée: la taxe de 25% jugée "injuste" par toute la profession, appliquée en octobre 2019 par l'administration Trump sur les vins tranquilles de moins de 14 degrés en bouteilles de moins de deux litres, en rétorsion à un conflit commercial opposant les géants de l’aéronautique Boeing à Airbus.

Pour s'en sortir, plusieurs régions se sont converties aux expéditions en vrac, qui ont compensé en 2020 une partie des pertes sur les vins en bouteille.

Parade impossible cette année, Donald Trump ayant étendu la taxe, juste avant de quitter la Maison Blanche, aux spiritueux et aux vins en vrac français. Elle s'applique depuis la mi-janvier.

- L'UE à la rescousse ? -

Globalement et sans même inclure l'impact des taxes sur le cognac et l'armagnac qui se fera sentir pour la première fois cette année, le manque à gagner lié aux taxes américaines est estimé à 1 milliard d'euros sur 2020 et 2021. "C'est comme si on rayait de la carte toute la production de l'Occitanie ou toute celle des Côtes de Provence", soupire M. Giron.

La première priorité selon lui est "de mettre fin aux taxes de part et d'autre de l'Atlantique", car elles font mal aussi aux restaurateurs américains. En France, elle "mettent en péril la pérennité de nos entreprises exportatrices et, au-delà, des 500.000 acteurs de la filière vin" souligne-t-il.

"Lorsqu'on ne vend pas un avion, c'est facile de chiffrer le manque à gagner, lorsque des milliers de viticulteurs ne vendent pas une caisse de 12 bouteilles chacun aux Etats-Unis, c'est plus difficile à chiffrer", mais "beaucoup de petites entreprises pourraient mettre la clé sous la porte" met-il en garde.

De la Champagne à la Provence, en passant par les vins de Loire et de Bordeaux, l'ensemble de la viticulture et de ses négociants ne jurent que par le libre commerce. "Les tarifs douaniers ne peuvent pas être la base d'une relation commerciale (...) notre filière a dans son ADN le monde comme marché", résume M. Giron.

Egalement favorables aux accords de libéralisation UE-Mercosur en cours de discussion, les exportateurs français et les importateurs américains gardent un souvenir cuisant des taxes appliquées du jour au lendemain sur des vins qui coûtaient d'un coup 25% plus cher au débarquement des containers qu'à leur départ en bateau du Havre en octobre 2019.

"Il est urgent que la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, règle directement et sans délai ce sujet avec le président Joe Biden", exhorte M. Giron.

Les viticulteurs français rappellent au passage que c'est l'Europe qui a commencé à taxer du bourbon américain pour punir les Américains dans un conflit commercial portant à l'époque sur l'aluminium.

Ils comptent aussi sur le gouvernement français pour un éventuel fonds de compensation, demandé depuis plusieurs mois. Une réunion est prévue le 15 février avec le Premier ministre Jean Castex.