Islamisme, immigration: Le Pen et Darmanin se mesurent sur le régalien avant 2022

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et la présidente du RN Marine Le Pen lors d'une réunion le 6 octobre 2020 à Paris
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et la présidente du RN Marine Le Pen lors d'une réunion le 6 octobre 2020 à Paris Ludovic MARIN AFP/Archives
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Paris (AFP)

Laïcité/islamisme, immigration, sécurité... Marine Le Pen et Gérald Darmanin s'affrontent jeudi soir sur France 2 dans un débat vu comme un galop d'essai avant la présidentielle de 2022, sur des sujets régaliens qu'ils connaissent bien et devraient être au centre du scrutin.

En quête de crédibilité après son débat raté face à Emmanuel Macron en 2017, la candidate du RN apportera pendant 45 minutes la réplique à un ministre de l'Intérieur poids lourd de la majorité, et qui se voit reprocher d'aller sur le terrain du RN.

Marine Le Pen, donnée au second tour face à Emmanuel Macron, a affûté ses arguments avec les hauts fonctionnaires du mystérieux groupe des Horaces, son numéro deux Jordan Bardella, ou encore l'eurodéputé Jean-Paul Garraud, principal auteur de sa contre-proposition sur le séparatisme.

Elle avait refusé de débattre avec le Premier ministre Jean Castex, relégué par un proche au rang de "dir' cab'" d'Emmanuel Macron, trop technique à ses yeux.

Dans l'entourage du ministre de l'Intérieur, on souligne que celui-ci se prépare en étant "à fond dans ses missions" qui "touchent aux sujets du débat", que ce soit pour défendre le projet de loi sur le séparatisme en discussion à l'Assemblée, ou pour animer le "Beauvau de la sécurité", concertation inédite sur la police.

- "Partout" -

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal attend de ce débat "un moment de vérité". "On entend beaucoup le Rassemblement national donner des leçons", mais ses élus "ne sont jamais au rendez-vous pour voter" les textes qui permettent de "fermer les lieux de culte où on prêche la haine" ou bien de renforcer les moyens de la police, a-t-il souligné mercredi.

Ce face-à-face est un test pour la candidate de l'extrême droite à l'Elysée, qui admet avoir été "trop offensive" dans son débat raté face à Emmanuel Macron entre les deux tours de 2017.

Marine Le Pen vient cette fois avec un Livre blanc sur la sécurité et surtout une contre-proposition de loi ciblant les "idéologies islamistes" qui sont à ses yeux "partout" et qu'elle entend bannir de toutes les sphères de la société, à commencer par le voile.

La cheffe du RN reproche au gouvernement de ne pas "désigner l'ennemi" et assume la "brutalité" de ses propositions, considérant qu'il faut lutter contre l'islamisme, "idéologie totalitaire", "de la même manière" que contre le nazisme.

Et peu importe si son texte est jugé inapplicable "dans le système actuel, puisque Marine Le Pen propose de changer de système", note le spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus.

- "Etat de droit" -

Dans un long entretien à l'hebdomadaire conservateur Valeurs Actuelles à paraître jeudi, Gérald Darmanin défend un texte qui garantit "par la laïcité la liberté religieuse de chacun", alors que sa majorité est tiraillée entre les tenants d'une "laïcité de combat" et ceux qui ne veulent pas stigmatiser l'islam.

Plus généralement le ministre entend faire valoir que, sur le régalien, "des réponses républicaines fortes peuvent être apportées, sans pour autant faire fi de l'Etat de droit comme le propose Marine Le Pen".

Marine Le Pen ne manquera pas d'attaquer le gouvernement sur l'immigration qui, pour elle, "est le terreau du communautarisme, lui-même terreau du fondamentalisme islamiste", alors que pour Gérald Darmanin, "on mentirait si on disait aux Français que si on stoppait l'immigration on stopperait le terrorisme", puisque "trois quarts" des auteurs des attentats en France "sont Français".

Le ministre fait cependant valoir dans Valeurs Actuelles un durcissement de sa politique migratoire. Les retraits de titre de séjour pour les étrangers en situation régulière coupables de crimes ou délits "ont bondi de 70%" depuis fin septembre 2020, avait indiqué son ministère en janvier.

Mais l'ancien maire de Tourcoing (Nord) se défend de marcher sur les plates-bandes de l'extrême droite. "Toute sa vie politique a été construite dans le combat au Front national" (devenu RN), insiste son entourage.

La cheffe du RN, qui comparaissait mercredi devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour avoir diffusé des photos d'exactions du groupe Etat islamique sur les réseaux sociaux en 2015, n'attaquera pas M. Darmanin sur le plan personnel, alors que le ministre est visé par une enquête pour "viol".

Pour un ministre, cette joute "c'est le populaire contre le populisme". "Gérald Darmanin se rêve en Bernard Tapie du système", selon lui.