Pétrole: l'Opep+ face à une équation à plusieurs inconnues

Londres (AFP) –

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Les membres de l'Opep+ se retrouvent jeudi pour décider des prochaines coupes de production d'or noir alors que l'entente entre la Russie et l'Arabie saoudite est incertaine et que la reprise de la demande reste fragile et difficile à anticiper.

Ce sommet, qui rassemble les vingt-trois membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs alliés, réunis sous la bannière Opep+, est le deuxième de l'année.

La réunion doit se tenir par visioconférence et commencer à 13H00 GMT, soit 14H00 à Paris comme à Vienne, siège du cartel.

Avec une question clé: comment les deux poids lourds, la Russie et l'Arabie saoudite - respectivement deuxième et troisième producteurs mondiaux derrière les Etats-Unis - vont-ils se coordonner face à une demande d'or noir amenée à repartir à mesure que le Covid-19 reflue?

"Il existe au sein de l'alliance une divergence d'opinions majeure sur la capacité du marché pétrolier à absorber de nouveaux volumes" de brut, résume Bjarne Schieldrop, analyste de Seb. Ryad "penche pour la prudence" quand Moscou "défend l'augmentation de l'offre", explique-t-il.

Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak, en charge de l'Energie, a donné le ton en notant "une situation bien meilleure qu'il y a un an et que cet automne", même s'il reste "beaucoup d'incertitudes et de risques", selon des propos tenus sur la chaîne de télévision Rossiïa-24.

- Marché "fragile" -

Cette différence d'approche avait été largement gommée depuis près d'un an tant les cours étaient bas, mais le retour en grâce des prix à un niveau comparable à la période précédant la pandémie, soit autour de 65 dollars le baril pour les deux références européenne et américaine, a de quoi accentuer les tensions.

Le sommet pourrait donc traîner en longueur jeudi: trouver un accord dans la journée "paraît optimiste" pour Stephen Innes, d'Axi, "à moins que les positions russes et saoudiennes ne soient plus proches" que ce qu'ils ont laissé entendre.

Si les perspectives économiques sont meilleures, la vitesse de la reprise de la demande reste soumise à beaucoup d'aléas, dont le succès des campagnes de vaccination qui sont à certains endroits poussives.

Dans son rapport mensuel mi-février, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a jugé que le rééquilibrage du marché pétrolier restait "fragile" en début d'année et avertissait sur la propagation des nouveaux variants du coronavirus.

Lors de son dernier sommet en janvier, l'alliance Opep+ avait convenu après deux jours d'âpres négociations d'ouvrir petit à petit les vannes jusqu'en mars, usant ainsi avec doigté de son principal pouvoir: jouer du robinet d'or noir pour garder la main sur l'équilibre entre offre et demande.

La Russie et le Kazakhstan avaient obtenu d'assurer seuls l'augmentation progressive de la production du groupe quand l'Arabie saoudite créait la surprise en réduisant la sienne d'un million de barils quotidiens supplémentaire.

Au total, l'alliance laisse sous terre 7,05 millions de barils quotidiens en mars, des coupes qui restent très importantes.

- Mélodrame -

Le groupe serait tenté de poursuivre sa politique d'augmentation graduelle de la production, s'accordent nombre d'observateurs de marchés, qui évoquent une quantité de 500.000 barils par jour réinjectée en avril, à laquelle s'ajouterait le retour en partie, voire entier, du million de barils quotidien retiré par Ryad en février et mars.

Mais le consensus n'est jamais acquis au sein de l'alliance qui avait connu à la même époque l'an dernier, avec en toile de fond le début de pandémie, un mélodrame ouvrant sur une courte mais intense guerre des prix.

Surtout que les sujets chauds ne manquent pas: en vrac le respect des quotas par chacun des membres, gage de sérieux et de crédibilité de l'accord, ou la concurrence américaine, qui bénéficie elle aussi du retour en grâce des prix.

Sera sans doute aussi évoqué le retour sur le marché de la production iranienne en cas d'assouplissement des sanctions américaines, rendu plus probable depuis l'arrivée du démocrate Joe Biden à la Maison Blanche.

Les cours du brut étaient fébriles à quelques heures du début de la réunion: après avoir gagné plus de 1% en séance asiatique, le Brent et le WTI perdaient un peu moins de 1% vers 10H45 GMT (11H45 à Paris).