Le Covid à l'assaut du bastion industriel de Châtellerault

Châtellerault (AFP) –

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Gaël se voyait un "bel avenir" dans le secteur aérien mais c'était compter sans la pandémie, "la goutte d'eau" de trop sur le bassin industriel de Châtellerault qui affronte une nouvelle crise avec des centaines d'emplois supprimés ou menacés dans ses deux fleurons : automobile et aéronautique.

A Leigné-sur-Usseau, banlieue rurale de cette sous-préfecture de la Vienne, Gaël Flusin aménage dans son garage l'atelier de ferronnerie qui lui permettra de se reconvertir dans l'artisanat. En formation de chaudronnerie, il tourne la page de 14 ans chez "Mecafi", sous-traitant aéronautique spécialisé dans l'usinage haute précision.

L'entreprise qui produit des pièces complexes de moteur équipant Boeing, Airbus et Comac, avec Safran comme client, a supprimé fin 2020, 211 emplois (sur 500) dont 97 en licenciements et 114 en départs volontaires avec des reconversions à la clé, la voie choisie par Gaël, 37 ans.

"Fonderies du Poitou, Mecafi, peut-être Thales, sans compter les emplois indirects... ça va être énorme, énorme. La crise du Covid a eu tendance à amplifier et accélérer le mouvement de crise sociale", estime Julien Delhoume, secrétaire de l'union locale CGT.

- "Pas de bol" -

La région a déjà affronté des crises majeures : 1968 avec la fermeture de la Manufacture d'armes, symbole de son identité industrielle; puis les retombées du marasme mondial de 2008-2009, "un souvenir très lourd" pour le maire centriste et président de l'agglo Jean-Pierre Abelin.

La région fait alors la Une avec l'épisode des "bonbonnes de gaz" que des salariés d'un équipementier automobile menaçaient de faire sauter s'ils n'obtenaient pas une prime. "Mais le territoire a toujours su rebondir", assure le maire.

Pour l'instant, le taux de chômage reste autour de 8%, une stabilité trompeuse liée au recours massif au chômage partiel. "L'impact attendu est très fort", pense Stéphane Daudon, délégué général du Medef 86, "autour de 800 emplois perdus dans l'industrie", locomotive du bassin qui emploie près d'un salarié sur deux (42%).

"On n'a vraiment pas eu de bol", estime Thomas Guenard, secrétaire CGT à Mecafi. D'abord en 2019, les deux crashs du Boeing 737 Max, synonymes de commandes à l'arrêt, "ont fait du mal". Puis est arrivé le Covid, "la goutte d'eau" de trop. "On avait signé des gros contrats sur des nouveaux moteurs qui allaient être produits sur 10, 15 ans, on se voyait un bel avenir à Mecafi", soupire Gaël Flusin.

Le fleuron aéronautique Thales AVS, gros employeur, est lui aussi fragilisé, surtout dans le civil. Si quelque 160 suppressions d'emplois, chiffre non confirmé, sont évoquées par la presse locale, le groupe assure vouloir "éviter les licenciements" et s'appuyer sur la "mobilité interne" vers les secteurs porteurs, comme la défense.

- "On n'a plus confiance" -

L'automobile vit le même coup d'arrêt. Chez l'emblème du bassin, les Fonderies du Poitou (Alvance), une usine construite par Renault en 1980, la moitié des 600 postes doivent être supprimés avec la disparition au 11 juin de l'usine Liberty Fonderie Poitou, dont les carters diesel ne trouvent plus preneurs.

Ici, "le Covid a été un accélérateur foudroyant de la baisse des volumes sur les moteurs diesel", avance Arnaud Tronche, directeur "aval" à Alvance, branche alu de Gupta Family Group Alliance.

La direction évoque le possible transfert de 40 postes vers l'usine jumelle Liberty Aluminium Poitou, qu'elle veut développer en pariant sur le marché de la voiture électrique, tandis que le reconditionnement de véhicules d'occasion est à l'étude. Des perspectives insuffisantes pour la CGT. "On n'a plus confiance", assure Thierry Waye, délégué CGT en dénonçant une "improvisation totale".

"Digérer la période": les acteurs locaux misent sur la reconversion des salariés vers des secteurs porteurs, le BTP mais aussi des entreprises innovantes, comme ici dans l'écologie industrielle ou l'industrie médicale. "Il y aura encore du dégât mais on va tout faire pour limiter la casse", assure le maire.