Pierra Menta: une histoire d'un jour

Arêches-Beaufort (France) (AFP) –

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Ils ont dévalé les pentes, grimpé dans la douleur et animé un tant soit peu le massif du Beaufortain, plongé dans la brume: les fondus de ski-alpinisme se sont retrouvés vendredi en mode restreint pour l'emblématique course de la Pierra Menta.

Loin des 600 participants - amateurs et pros - et des milliers de spectateurs qui font de la Pierra Menta une grande fête de la montagne, ce sont 76 sportifs de haut niveau qui se sont élancés vendredi matin pour la 35e édition de la course.

En raison de la pandémie de Covid-19, la Pierra Menta - annulée l'année dernière - s'est changée cette année en un Championnat du monde longue distance par équipes, réservé à l'élite, le temps d'une journée.

"C'est plus que l'année dernière, où ça n'a pas eu lieu. Mais bon, une journée, c'est vrai que ça gâche un petit peu la fête quand même, hein", regrette Michel Mouton, retraité de 78 ans, qui vient à la station depuis 31 ans.

Pas de longues files d'attentes de passionnés aux remontées mécaniques dès 4h00 du matin pour rejoindre les sommets, barbecue et saucisses à griller dans le sac à dos. Une station plutôt vide, et seule une poignée de gens agitait des cloches en guise d'encouragement, près de l'aire de départ, donné à huis clos.

"Ca fait des années qu'on vient à Arêches-Beaufort. On a beau dire, c’est des vrais furieux (les coureurs) ! On est là aussi pour les encourager. Il faut soutenir les stations, les régions où d’habitude le tourisme les fait vivre", souligne Béatrice Bournaveaux, une sexagénaire venue du Loiret, regrettant qu'il n'y ait "pas l’ambiance habituelle".

- 'Catastrophique économique -

Comme toutes les stations de sport d'hiver, Arêches a souffert de la crise.

"On s’en sort moins mal que les autres mais ça reste quand même une catastrophe économique. On a une activité qui repose autour du ski, et sur une saison d’hiver qui rapporte normalement 25 millions d’euros on va avoir des recettes autour de 4, 5 millions d’euros", déplore Frédéric Blanc-Mappaz, directeur de l'office de tourisme d'Arêches-Beaufort.

La Pierra Menta est l'événement-phare de la région, mobilisant 400 bénévoles, sur les quatre jours de compétition, ponctués par l'étape festive du Grand Mont. "C'est une semaine qui généralement est presque meilleure qu'une semaine de vacances de février", dit Frédéric Blanc-Mappaz, estimant qu'Arêches s'effondre moins que les autres stations en raison de la diversité de ses activités.

C'est d'ailleurs ce que sont venues chercher Marie, une Lilloise, et Auriane, qui passent pour la première fois leur vacances dans le Beaufortain, après avoir dû renoncer au ski alpin.

"Le ski de rando, le ski de fond, les balades, la Pierra Menta complètement inconnue pour nous jusque-là... En fait c’est la semaine de la découverte", relève Auriane, arrivée par hasard, et qui a tenu à voir ces skieurs "un peu maso" dont on lui a parlé toute la semaine.

- Course la plus dure -

Ces skieurs ont crapahuté durant 3 heures 30 minutes pour les tout meilleurs, les Italiens Davide Magnini et Michele Boscacci.

Tous - 14 paires féminines et 24 duos masculins - ont zigzagué, tel un chapelet de perles, sur la neige qui avait résisté à la pluie, tombée durant une grande partie de la nuit. Après une première montée bien ardue de 1500 m, ils ont traversé des forêts pour aller encore plus haut, jusqu'au col de la Forclaz qui culmine à 2324 m. Un périple particulièrement technique, qui s'est joué aussi dans la brume, avec 3300 m de dénivelé positif.

"C’est la course la plus dure que j’ai jamais faite dans ma vie, c’est très douloureux", a clamé sous les flocons de neige l'Italienne Giulia Murada, victorieuse avec Alba de Silvestro en 4 heures et 15 minutes, pour sa première participation en élite.

"Je viens ici depuis que j’ai onze ans, je suis d'abord venue encourager mes coéquipiers, j’ai fait ensuite la course chez les jeunes. Je sais que ce n’est pas la vraie Pierra Menta, alors il faudra que je revienne !"