A Baltimore, le quotidien local veut rebondir avec un modèle non lucratif

Baltimore (Etats-Unis) (AFP) –

Publicité

Après des années de licenciements économiques et un lectorat en déclin, le Baltimore Sun a enfin de quoi se réjouir, avec la signature d'un accord pour passer sous la bannière d'un groupe à but non lucratif.

Objectif: redonner vie au quotidien de cette grande ville de l'est des Etats-Unis.

L'institut Sunlight for All, dirigé par l'homme d'affaires Stewart Bainum, a donné son accord de principe pour acquérir le Baltimore Sun, et ses journaux affiliés, pour 65 millions de dollars.

La vente représente un nouveau test majeur pour le modèle non lucratif, en vogue ces dernières années aux Etats-Unis comme réponse à la crise profonde de l'industrie des médias d'information.

Annoncé initialement en février, le changement de propriétaires intervient à l'issue d'une vaste campagne de soutien qui a récolté plus de 7.000 signatures.

Lancée par des journalistes et le syndicat du quotidien, et soutenue par le milieu des affaires, la société civile, des sportifs de renom, ou encore par d'autres journalistes, "Save the Sun" vise à sauver ce journal de 184 ans, lauréat de 16 prix Pulitzer, et à le ramener dans le giron de propriétaires locaux.

Pour Liz Bowie, l'une des journalistes du quotidien à l'origine de la campagne, les habitants de Baltimore semblent avoir compris l'importance de la présence du journal dans la ville, et de ce qui pourrait se passer s'il était vidé de sa substance avec moins de journalistes et de couverture locale.

Ted Venetoulis, un ancien responsable politique local et membre de la campagne, considère de son côté que l'initiative se voulait un signal clair que le journal constitue à la fois l'"âme", et la "conscience" de la population locale.

Les journaux "sont des sentinelles, ils s'assurent de l'honnêteté des gens, mais ce sont aussi les premiers à soutenir (la population). Ils mettent un miroir grossissant sur les bonnes choses dans notre société", a-t-il soutenu.

- Tendance en contrepoint -

Plus de 300 médias d'informations aux Etats-Unis sont détenus par des groupes non-lucratifs, représentant ainsi un modèle de plus en plus répandu, selon le professeur Brant Houston de l'université de l'Illinois, et l'un des fondateurs de l'Institut pour des informations non-lucratives.

La tendance vient en contrepoint de la crise de plus en plus profonde que connaît le secteur américain des médias d'information.

Une multitude de journaux locaux ont récemment disparu de la circulation, tandis que d'autres subissent des fusions décidées par les propriétaires, bien souvent des grands groupes ou des fonds spéculatifs.

"Le modèle économique pour les journaux ne fonctionnait tout simplement pas", souligne Brant Houston.

Les fusions ont cependant échoué à redonner vie au secteur. Les grands groupes font face à des déboires financiers, et les fonds spéculatifs ne restent dans le vert qu'au prix de licenciements massifs dans les rédactions.

"Si vous avez une organisation assujettie aux actionnaires, vous finissez avec un modèle économique qui licencie les gens et réduit la couverture" des sujets, affirme M. Houston.

Le Baltimore Sun, à l'instar d'autres quotidiens de grandes métropoles, a été particulièrement touché par la crise qui a vu les lecteurs se tourner vers le numérique.

Le tirage n'est désormais que de 43.000 les jours de semaine, et de 125.000 pour l'édition du dimanche, une fraction des niveaux connus les années fastes, tandis que la rédaction compte à présent moins de 100 journalistes.

Ces derniers sont aux anges après l'annonce du changement de propriétaires, et ont exprimé leur espoir que le nouveau modèle renverse la vapeur dans le déclin du journal.

- L'exemple de Philadelphie -

Un exemple prometteur est à l'œuvre depuis 2016 dans la ville voisine de Philadelphie, où le quotidien local, l'"Inquirer", est passé sous le pavillon d'un groupe non lucratif.

Depuis, il y eu "un déferlement de soutien financier de la part des habitants" envers le quotidien, avec près de 7 millions de dollars en contributions rien qu'en 2020 selon Jim Friedlich, directeur exécutif du groupe non lucratif.

Il affirme avoir offert avec ses collègues des conseils informels à Stewart Bainum, qui n'a pas révélé publiquement ses plans pour l'avenir du Baltimore Sun.

Bainum, président du groupe Choice Hotels, "est devenu en quelque sorte un étudiant du modèle économique de l'information, et a été inspiré, et reproduit le modèle non lucratif" de l'Inquirer, soutient Jim Friedlich.

John Schleuss, président du syndicat de journalistes qui a aidé à organiser la campagne "Save the Sun", a dit qu'il avait bon espoir que le changement à Baltimore ouvre la porte à des accords similaires pour d'autres journaux. "J'espère que nous pourrons revenir à des journaux qui rendent des comptes au public, et qui ne sont pas seulement intéressés par les profits à court terme".