Athlétisme: Ophélie Claude-Boxberger inflexible devant ses juges

Paris (AFP) –

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L'athlète Ophélie Claude-Boxberger, spécialiste du demi-fond et contrôlée positive à l'EPO il y a un an et demi, a maintenu lundi devant la justice antidopage avoir été dopée à son insu par son ex-beau-père, lors d'une audience qui n'a pas permis de lever les zones d'ombre.

L'énigme Ophélie Claude-Boxberger (OCB), qui risque jusqu'à huit ans de suspension, sera-t-elle résolue un jour? Les membres de la commission des sanctions de l'AFLD se sont penchés lundi sur cette affaire inédite lors d'une audience publique - à la demande de l'athlète - et leur tâche s'avère complexe. Car l'affaire mêle dopage et histoire familiale compliquée, et donne parfois aux débats un parfum d'impudeur.

L'histoire de ce contrôle positif d'OCB, effectué le 18 septembre 2019, a basculé dans la rubrique fait divers lorsque son ex-beau-père et homme à tout faire, Alain Flaccus, s'est accusé de lui avoir lui-même inoculé de l'EPO à son insu, lors d'un stage préparatoire aux Mondiaux de Doha, à Font-Romeu.

L'affaire s'est épaissie un peu plus encore après le revirement de l'intéressé, qui s'est dit au final innocent après avoir multiplié les versions, sans que celle de l'athlète, suspendue depuis le 4 novembre 2019, n'ait elle bougé d'un millimètre.

- Relation "compliquée" -

Alors qui dit vrai? La spécialiste du 3000 m steeple et quintuple championne de France a en tous les cas répondu à toutes les questions, tout en tentant d'apporter des éléments de réponse sur sa relation très "compliquée" avec Alain Flaccus, contre qui elle a porté plainte en octobre pour "viol aggravé" pour des faits commis alors qu'elle était mineure.

"C'est vrai que c'est compliqué. J'ai accepté qu'il revienne dans ma vie. A Font-Romeu, il y avait une ambiance tendue, il ne supportait pas ma relation avec Jean-Michel Serra (à l'époque médecin de l'équipe de France d'athlétisme, ndlr)", a-t-elle raconté. Des "insultes", des vêtements parfois déchirés, "des menaces de partir", ont émaillé ce stage, a raconté l'athlète, qui partageait son appartement avec son ex-beau-père.

"Pourquoi être restée dans ces conditions?", demande à l'athlète l'une des membres de la commission des sanctions. "J'avais besoin" de ses soins, répond-elle, évoquant de multiples blessures dont elle souffrait lors de ce stage.

Un stage lors duquel, selon les premiers aveux d'Alain Flaccus, l'injection d'EPO aurait été inoculée à OCB lors d'un massage le 12 septembre 2019.

"Je me suis endormie, j'ai somnolé pendant le massage et je me suis réveillée parce qu'il me faisait mal. C'est pour ça que je lui ai demandé de montrer ses mains", a de nouveau raconté OCB, également auditionnée par les gendarmes de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique, chargés de l'enquête judiciaire ouverte par le parquet de Paris.

- Scénario d'une seule injection "exclu" -

"Il m'a dit que c'est parce qu'il avait les mains rapeuses car il avait fait du jardinage. Après je n'ai rien remarqué de particulier", a-t-elle ajouté. Une version à laquelle s'accroche l'athlète malgré les revirements d'Alain Flaccus, mais à laquelle n'adhère pas l'AFLD ni le professeur ayant réalisé une expertise à la demande de l'agence.

L'un des prélèvements effectué sur l'athlète à Doha par l'AIU, (Athletism Integrity unit) le 23 septembre 2019, soit cinq jours après le contrôle positif, a "décelé des traces d'EPO", selon le professeur Martial Saugy. "Pour moi, il est clairement exclu" que ces traces puissent être "expliquées par une seule injection le 12 septembre", a résumé cet ancien directeur de laboratoire antidopage de Lausanne.

Une phrase lourde de sens, impliquant logiquement un protocole de dopage. L'AFLD l'accuse également d'avoir tenté de manipuler Alain Flaccus pour qu'il s'accuse.

Malheureusement, l'audition du principal personnage de cette affaire rocambolesque a été réalisée lundi à huis clos même si, selon l'athlète interrogée par la presse à l'issue de l'audience, elle n'a pas permis d'y voir plus clair.

"Lui avez-vous demandé cet été d'écrire une nouvelle fois à l'AFLD pour qu'il s'accuse de nouveau?", a-t-il demandé à la mère d'OCB, qui a nié.

La décision sera rendue "dans les deux à trois semaines qui viennent", selon le président de la commission des sanctions Rémy Keller.