Sur la route des Jeux: Mathilde Lamolle, être "la meilleure dans ces conditions"

Allauch (France) (AFP) –

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Championne d'Europe et du monde juniors, multiple championne de France, Mathilde Lamolle est à 23 ans l'un des plus grands talents du tir sportif français et a déjà l'expérience des Jeux olympiques après avoir participé en 2016 à ceux de Rio.

Jusqu'aux JO de Paris en 2024, en passant - sauf rebondissement - par ceux de Tokyo cet été, la jeune tireuse aubagnaise raconte son parcours à l'AFP. Dans ce premier épisode, l'impact de la situation sanitaire et les difficultés d'une préparation sans les repères de la compétition.

"J'ai obtenu ma qualification pour les JO en septembre 2019, quand on était encore tranquilles. Pendant le premier confinement, en mars, quand on pensait qu'il y aurait encore les Jeux en 2020, je m'entraînais chez moi, avec mon pistolet, à blanc, à vide, simplement à faire des montées de bras. Et physiquement je bricolais pour pouvoir quand même être prête pour les Jeux. Ensuite, il y a eu le report et forcément une baisse de motivation. On ne savait pas trop où on allait, c'était un peu difficile à gérer. Pour le deuxième confinement de novembre, les athlètes de haut niveau pouvaient continuer à s'entraîner et ça a permis de rester à niveau."

"Le plus dur, c'est que très peu de compétitions sont maintenues. La dernière à laquelle j'ai participé, ce sont les Jeux mondiaux militaires en octobre 2019, ça fait loin. Aujourd'hui il est possible que j'aille aux Jeux sans aucune compétition internationale. Pour une compétitrice, c'est frustrant et difficile à gérer. On a même organisé des épreuves sur (l'application de visioconférence) Zoom, avec des tireuses d'autres pays, pour faire des mises en situation. Bon, ça n'est pas vraiment pareil (rires). Au total, la compétition manque pour pouvoir s'évaluer soi-même, pour se rebooster à l'entrainement, savoir sur quelles choses travailler parce qu'on n'a pas été assez performante. Et pour la confrontation avec les meilleures mondiales, voir où on en est par rapport à elles."

- Submergée à Rio -

"Mais au bout du compte, je me sens plutôt bien. Malgré les conditions, j'arrive à maintenir un bon état d'esprit, beaucoup de motivation et de détermination et un bon niveau d'entrainement. En soi, ces difficultés permettent aussi de mieux travailler techniquement, de prendre plus le temps. Le premier confinement a par exemple finalement été plutôt positif pour moi. Ca m'a permis de voir ma pratique différemment, de travailler d'autres points, avec des stratégies d'entrainement plus efficaces, de prendre plus de recul. Et je pense que ça m'a fait progresser, avec un état d'esprit différent, plus positif, plus combatif."

"J'ai participé au Jeux de Rio en 2016 et je considère que depuis cette date je me prépare pour Tokyo. A Rio, j'avais 19 ans, j'étais la plus jeune de la délégation française en tir et j'avais été un peu submergée par mes émotions. J'ai travaillé en fonction de ça, des faiblesses identifiées à Rio. Et depuis j'ai vachement évolué, sur le plan technique, sur le plan mental et sur la préparation physique. Il y a eu une grande avancée justement parce qu'aujourd'hui, je sais à quoi m'attendre. J'ai plus de chances d'être efficace et performante le jour J."

"La situation est particulière mais je suis mon chemin, je me fixe des objectifs à chaque entrainement. On ne peut pas se projeter, on fait au jour le jour, entraînement par entraînement. Mais je me dis que c'est pareil pour les autres et que c'est là et maintenant que ça se joue. Ce qui fera la différence, c'est comment on s'entraine là et maintenant. Je dois être la meilleure dans ces conditions."

Propos recueillis par Stanislas TOUCHOT