Sur les traces d'Alexis Pinturault, le travailleur discret de Courchevel

Courchevel (France) (AFP) –

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Un hôtel 5 étoiles, il faut que ça brille. Dans le lobby de l'Annapurna, perché tout en haut de la station chic de Courchevel (Savoie), les trophées d'Alexis Pinturault scintillent, là où il a passé une partie de son enfance.

Doué, mais surtout sérieux et travailleur, Pinturault peut devenir cette semaine lors des finales de Lenzerheide (Suisse) le premier Français depuis Luc Alphand en 1997 à remporter le gros globe de cristal, la récompense suprême du ski alpin.

Foot, judo, gym, ski, rien ne résiste au petit Alexis, né le 20 mars 1991, qui a de l'énergie à revendre entre Annecy, où il habite, et Courchevel, où il monte pour les week-ends et les vacances. A partir de la 5e, sur proposition du Club des sports, il pose ses valises dans l'hôtel dirigé par son père tout l'hiver et s'investit à fond dans le ski alpin.

"Il n'avait pas un gros gabarit, ça le désavantageait, donc il compensait avec sa technique, très bonne. Il avait une bonne conduite, ne savait pas trop freiner, ce qui est bien", sourit son entraîneur en minimes Sébastien Santon.

- "Cadré et déterminé" -

"Alexis c'est quelqu'un de très doué en tout, dans chaque sport, qui s'adapte très vite. Sa grande force c'est qu'il travaillait plus que les autres. Il était très cadré et déterminé. Il n'était pas dans le délire +je veux être le meilleur du monde+ mais il bossait", confirme Mathias Rolland son coéquipier et rival, supérieur à Pinturault lors de ses jeunes années.

Un garçon sérieux et appliqué? Une évidence dans la famille Pinturault, arrivée dans la station avec les grand-parents en 1961, qui ont créé et développé avec réussite deux hôtels devenus des références.

"Quand on fait quelque chose, on le fait bien", résume pour l'AFP le papa, Claude, à propos de sa philosophie de vie.

"Quand on joue au foot, au tennis, au ski, c'est pour gagner, pour être meilleur que les autres, à son niveau. Je l'ai éduqué dans cette optique-là. On ne fait pas des matches pour faire des matches. Si on fait de la compétition, ce n'est pas pour prendre des tôles tous les weekends. Sinon on passe à autre chose."

A force de persévérance et après d'innombrables sorties de piste, Alexis Pinturault, entré au lycée d'été à Albertville -repaire des meilleurs skieurs- passe un cap à la sortie de l'adolescence.

"Avant il allait vite mais il sortait beaucoup car il n'avait pas la puissance physique pour encaisser les charges. Avec sa croissance tardive, il explose tout à 18 ans. Abdos, endurance, vitesse, il n'avait aucune lacune. A 18 ans il écoeurait tout le monde et devient champion du monde junior de géant pour sa première année dans la catégorie (en 2009)", raconte M. Santon.

- "Il ne bronche pas" -

Le jeune homme, qui impressionne lors des différents tests physiques, avance en toute discrétion.

"C'est un super gars qui ne posait jamais de problème, avec le sourire, il savait pourquoi il était là. Il était réservé, pas très expressif, mais très respectueux, ajoute Sébastien Santon. Il appliquait les consignes. Si on ne prévenait pas qu'il était midi pour manger, il continuait."

Pas franchement fêtard, Pinturault rencontre sa future femme Romane au lycée, où il obtient son bac S, et dispute sa première Coupe du monde à une semaine de ses 18 ans sur le géant d'Are (Suède).

Ce "mauvais perdant", d'après son père, sait pourtant rester assez détaché des résultats pendant sa jeunesse.

"Un jour, à Morzine, à une époque où il sortait tout le temps (de la piste), il fait une super course, se souvient Mathias Rolland. Mais un contrôleur de porte se trompe et il se fait disqualifier. Il voit le résultat, il ne bronche pas, alors que c'était injuste. Il a encaissé et il a fait encore mieux à la course d'après. 99,9% des gens auraient pété les plombs."

Sorti dimanche en slalom à Kranjska Gora, menacé au classement par le Suisse Marco Odermatt, à Pinturault de se souvenir de ses jeunes années pour rebondir à Lenzerheide.