Le Venezuela face à une inquiétante deuxième vague de coronavirus

Caracas (AFP) –

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Nouveau confinement, chiffres en forte hausse, hôpitaux et cliniques saturés... Le Venezuela fait face à une deuxième vague d'épidémie de coronavirus, qui semble plus forte que la première, et qui inquiète les autorités et le corps médical.

"Nous devons annoncer qu'il y a une deuxième vague beaucoup plus virulente que celle survenue en août et septembre 2020", a affirmé vendredi la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez, soulignant que la souche brésilienne se répandait dans le pays depuis "le 4 mars".

Et, dimanche soir, le président Nicolas Maduro a annoncé un durcissement des mesures avec un nouveau confinement qui affectera la semaine sainte, un événement important pour le pays.

- Hôpitaux et cliniques "pleins" -

"Nous allons passer à quatorze jours de +quarantaine+ radicale avec une vigilance maximale de l'Etat. Nous le faisons pour la santé de la famille, la santé de notre peuple", a-t-il annoncé sur un ton solennel.

Depuis des mois et la première vague en août et septembre, le Venezuela vit avec un système particulier, enchaînant "semaine flexible (possibilité de sortir)" et "semaine radicale" (confinement avec ouverture des commerces essentiels). Les écoles, notamment, restent fermées.

Le Venezuela, 30 millions d'habitants, a enregistré jusqu'ici environ 150.000 cas et 1.500 morts du Covid-19. Toutefois, alors qu'il y avait entre 200 et 500 cas nouveaux par jour en décembre et janvier, les chiffre de mars ont explosé, passant le cap des 500 pour atteindre 937 le 19 mars et 1.161 le 20 mars.

Conséquence, les hôpitaux ont du mal à suivre. "L'occupation des lits hospitaliers augmente dans les centres de soins, dans les hôpitaux", a reconnu le président Maduro sans donner de chiffres. Mais des témoins parlent d'hôpitaux publics saturés ou "pleins".

Dans le secteur privé, la situation inquiète aussi. "Nous avons une occupation complète de nos lits Covid", souligne le Dr Herman Scholtz, président de la Trinidad, une des cliniques les plus réputées du pays, et celle recevant le plus de patients atteints par le virus.

"En décembre, on a reçu 55 patients Covid aux urgences, en février 170 et pendant la première semaine de mars 140. C'est exponentiel. Sur les 11 cliniques privées de Caracas, la semaine passée il y a eu des moments où tous les lits en soins intensifs était occupés", dit-il. "Le nombre de patients a augmenté en volume et les cas sont plus graves".

Il donne l'exemple de la consommation d'oxygène. "Avant, on faisait le plein une fois par mois, maintenant tous les 5 jours", ajoute le docteur, qui précise toutefois que contrairement à il y a quelques mois, il n'y pas de problèmes d'approvisionnement en médicaments ou provisions dans ce pays en proie aux sanctions économique des Etats-Unis et de l'Europe.

- "Arrêter le virus" -

L'hospitalisation dans le privé coûte entre 1.000 et 3.000 dollars par jour. Une somme qui n'est à la portée que d'une classe supérieure bénéficiant d'assurances de santé, même si la clinique traite quelques patients "gratuitement".

Sur le plan des vaccins, le pays a lancé en février une campagne avec les vaccins russe et chinois, mais annoncé qu'il n'autorisera pas l'AstraZeneca/Oxford en raison de la craintes d'effets secondaires. Le pays va aussi tester 60.000 vaccins de Cuba, son plus proche allié.

Le Venezuela avait réservé entre 1,4 et 2,4 millions de doses d'AstraZeneca à travers le dispositif Covax créé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour les pays plus démunis. Aucun de ces vaccins n'est encore arrivé, en raison d'un problème de dette du Venezuela envers l'OMS.

Le chef de file de l'opposition vénézuélienne Juan Guaido, qui contrôle les actifs vénézuéliens aux Etats-Unis, a annoncé qu’il avait débloqué 30 millions de dollars de fonds gelés pour l'achat de vaccins anti-Covid, via le mécanisme Covax. "C'est la meilleure occasion que nous ayons à ce jour de pouvoir arrêter le virus", a déclaré M. Guaido. "Nous allons tout mettre en œuvre pour que ce vaccin soit administré efficacement et rapidement".

Sur le terrain, les autorités ont notamment renforcé la présence policière pour faire appliquer les mesures barrières.

"La souche brésilienne nous oblige à repartir de zéro", prévient M. Maduro "Un facteur multiplicateur, c'est le relâchement. Samedi, dans plusieurs villes il y avait des rumbas (fêtes) impressionnantes. C'était rumba par ci, rumba par là!"