Sur la route des Jeux: Billal Bennama, fracture, reprise et bulle olympique

Blagnac (France) (AFP) –

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Pour le jeune boxeur de Blagnac Billal Bennama, qui visera l'or sur les rings de Tokyo pour ses grands débuts olympiques, "les Jeux restent les Jeux", même sans spectateurs venant de l'étranger.

Jusqu'aux JO de Paris-2024, en passant - sauf rebondissement - par le Japon cet été, le poids mouche de 22 ans raconte à l'AFP son quotidien de sportif de haut niveau.

Dans ce deuxième épisode: une blessure frustrante, un tournoi de reprise victorieux en Allemagne et des Jeux olympiques auxquels ne devraient pas pouvoir assister ses proches à cause de la pandémie.

. "Les risques du métier"

"Je me suis blessé à l'entraînement face à un boxeur pro de mon club, Samir Ziani, qui est champion d'Europe (dans la catégorie des super-plumes). Il m'a mis un coup sur le côté gauche. J'ai senti une petite douleur, mais je pensais que ça allait passer. Et finalement on m'a dit que j'avais une côte fracturée. Je lui en veux (rires). En vrai il n'a pas fait exprès, ce sont les risques du métier.

Pendant une semaine, je le sentais au quotidien quand je respirais. Ca me gênait aussi pour dormir. J'ai dû attendre un mois et demi sans boxer. Je m'entraînais, mais je ne pouvais pas mettre les gants. Que du physique, un peu de technique, mais il fallait que ça reste 'soft' car si tu fais un mauvais geste c'est mort.

J'ai dû déclarer forfait pour deux tournois en Bulgarie et en Pologne. Ca m'a un peu mis un coup au moral. J'ai besoin de compétition pour progresser. Mais j'ai réussi à me ressaisir, je voyais que ça allait de mieux en mieux. Heureusement que c'est arrivé à ce moment-là et pas un mois avant les Jeux."

. La reprise en Allemagne

"J'avais une grosse appréhension après la blessure, je ne pensais qu'à ça à l'échauffement. Je me disais +si on me touche à la côte, c'est fini+. J'étais un peu fatigué après un long moment sans monter sur le ring. A un moment, j'ai été touché à la côte, mais je n'ai rien senti. Je me suis dit que le bon Dieu était avec moi et c'est à partir de là que j'ai vraiment pris du plaisir.

J'ai fait trois combats: le quart de finale contre un Allemand, la demi-finale contre un Brésilien et la finale contre un Kazakh, qui a été, comme moi, médaillé de bronze aux championnats du monde. Trois styles différents et un gros client avec le Kazakh, qui m'a permis de me situer. Tout s'est bien passé, j'étais vraiment content de gagner avec le peu de préparation que j'avais eu pour ce tournoi."

. Des JO sans public

"C'est une petite déception. Sans spectateurs, ce n'est pas la même ambiance. Mais bon, les Jeux restent les Jeux. Je vais là-bas pour faire une médaille. Spectateurs ou pas spectateurs, franchement, ça ne va pas trop me déranger. Surtout qu'on est déjà habitués à ce genre d'ambiances où il n'y a personne, où ça ne crie pas.

Ca va être compliqué pour que la famille vienne. Mon père (Mohamed Bennama, entraîneur de l'ancien champion du monde Mahyar Monshipour) voulait venir puisqu'il n'a jamais vécu ça. J'aurais bien aimé qu'il vienne aussi. Quand il y a un repère dans la salle qui te regarde, qui crie, ça donne envie de te surpasser, mais bon...

Je commence à rentrer dedans, je suis déjà dans ma bulle. Maintenant il faut rester concentré, ça va arriver vite. On n'a pas le temps de réfléchir, il faut foncer et tout donner. Une grosse préparation arrive ces trois prochains mois, ça va être intense."

Propos recueillis par Sébastien DUVAL