Bosses: "Il faut un petit peu de folie, un caractère un peu extravagant", affirme Perrine Laffont

Paris (AFP) –

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A l'issue d'une nouvelle saison accomplie (titre mondial, Coupe du monde), la championne olympique de bosses Perrine Laffont assume, dans un entretien à l'AFP, son petit grain de "folie" et son "caractère extravagant".

Q: Vous avez déjà tout gagné à 22 ans. Qu'est-ce qui peut encore vous faire courir?

R: "Tout ce qui peut m'arriver maintenant ce n'est que du bonus. C'est comme si je n'avais plus de pression du résultat. Je travaille dur, j'essaye de m'améliorer en ski et en saut et on verra où ça me mène. Quand j'étais jeune, j'avais besoin de gagner quelque chose en échange de l'effort que je produisais à l'entraînement. Maintenant je prends du plaisir en me faisant mal à l'entraînement et je prends du plaisir à me sentir progresser. La saison prochaine, il y aura les Jeux, ce sera un gros objectif et une grosse saison. Je n'ai pas encore le sentiment d'avoir fait le tour dans ma discipline."

Q: Avez-vous l'impression de mener la vie de quelqu'un de vôtre âge?

R: "J'ai l'impression que le sport de haut niveau m'a mis un coup de vieux. Dès très jeune, il a fallu être hyper autonome, savoir gérer son emploi du temps, les partenaires, les sollicitations. Cela m'a fait vite basculer dans la vie d'adulte. J'ai vite pris en maturité. Dans ma tête, je suis encore un enfant et je n'ai pas encore 22 ans. J'ai une vie d'une personne de 30 ans, qui n'est pas la même que celle de mes amis mais le fait d'être un peu fofolle dans ma tête et une bonne vivante, ça compense et je sais faire la part des choses. Avec mes amis, je débranche de la vie d'athlète de haut niveau."

Q: Avez-vous besoin de ce grain de folie dans la pratique de votre sport?

R: "Il y en a besoin. C'est un sport hyper visuel et très artistique et très impressionnant à voir. Comme on est noté, on a envie de faire le show, que ce soit beau, esthétique. Il faut un petit peu de folie, un caractère un peu extravagant. Mais c'est plus facile de repousser les limites à l'entraînement, de faire des choses un peu fofolles parce qu'on n'a rien à perdre. Mais en course, je joue gros et j'ai la capacité de jouer un globe, il faut être consistante à toutes les courses donc je ne peux pas prendre trop de risques. Sur mes runs de course, je suis calée et je fais les choses bien sans aller chercher des trucs de malades."

Q: Comment vivez-vous l'attente perpétuelle qu'il y a autour de vous?

R: "J'essaye de me couper de tout ça et de tout ce qui peut se dire autour de moi. Mais ce n'est pas facile. J'ai moi-même beaucoup d'attente, je veux accomplir de grandes choses et ça met parfois trop de pression. Mais par des techniques de préparation mentale, l'hypnose, ce sont des choses que j'arrive à oublier. C'est parfois dur de skier, j'ai l'impression d'être là parce que l'on m'a dit d'être là. Mais j'ai toujours skié au plaisir et quand je me régale et que je suis heureuse dans ce que je fais, ça marche. Quand je ne le suis pas, je fais des trucs nuls. Mais on apprend à gérer ça avec de l'expérience."

Q: Allez-vous aborder les JO d'hiver à Pékin en 2022 l'esprit plus libre, quatre ans après votre sacre à Pyeongchang?

R: "J'ai la plus belle des médailles et tout ce qui peut m'arriver ce n'est que du positif. Ma carrière est déjà belle. Il faut que j'en prenne conscience. Ce serait tellement beau une 2e médaille d'or olympique, d'autant que cela ne s'est jamais fait chez les dames. Donc ça me titille un petit peu et je me dis que ce serait beau de laisser une belle marque dans mon sport."

Q: Comment vit-on l'échec quand on est habitué à tout gagner?

R: "Cela fait mal. Cela me permet de me botter les fesses, de me dire que rien n'est acquis, qu'il faut continuer à travailler. Si je gagnais tout, au bout d'un moment il y aurait une lassitude qui s'installerait. Là, je sais qu'il faut que je sois à 100%, que je n'ai pas le droit à l'erreur. Cela me pousse à continuer à m'entraîner et à rester motivée."

Propos recueillis par Robin GREMMEL