Colombie: l'Etat enjoint de protéger une journaliste violée et torturée

Bogota (AFP) –

Publicité

La Cour interaméricaine des droits humains a ordonné mercredi à l'Etat colombien d'assurer de "façon immédiate" la sécurité de la journaliste Jineth Bedoya, séquestrée, violée et torturée en 2000 par des paramilitaires avec la complicité présumée d'agents de la force publique.

"Ce tribunal considère qu'il existe (...) une situation d'extrême gravité et urgence, avec la perspective d'un dommage irréparable, contre les victimes présumées Jineth Bedoya Lima et Luz Nelly Lima", sa mère, ont argué les magistrats dans leur résolution.

Cette cour, organe judiciaire de l'Organisation des états américains (OEA) basée à San José au Costa Rica, examine la responsabilité de l'Etat colombien dans l'agression dont a été victime la journaliste lorsqu'elle a été enlevée devant la prison La Modelo à Bogota alors qu'elle enquêtait sur un réseau de trafic d'armes au sein de cet établissement.

Les paramilitaires, dont certains ont été depuis condamnés, faisaient partie de milices d'extrême droite qui ont combattu les guérillas de gauche en Colombie, jusqu'à leur démobilisation officielle en 2006.

Jineth Bedoya, aujourd'hui âgée de 47 ans et qui travaillait alors pour le quotidien El Espectador, a dénoncé la complicité d'agents de l'Etat, dont un "influent" général de la police, selon son témoignage entendu la semaine dernière par la cour.

La journaliste avait ajouté n'avoir cessé de recevoir des menaces depuis cette attaque il y a plus de vingt ans, menaces qui se sont accrues avec le procès actuel.

La cour a ordonné à l'Etat colombien de présenter avant le 9 avril un rapport sur les mesures adoptées pour protéger Jineth Bedoya et sa mère, toutes deux ayant en outre été les cibles d'un attentat en 1999.

"L'adoption de mesures de protection n'implique pas de décision sur le fond (...) ni ne préjuge de la responsabilité de l'Etat dans les faits dénoncés", ont précisé les juges mercredi.

Les parties ont jusqu'au 23 avril pour présenter leurs arguments définitifs par écrit.

Le défenseur de l'Etat, Camilo Gomez, a présenté mardi des excuses officielles à Jineth Bedoya pour avoir été contrainte de déposer à 12 reprises durant l'enquête sur son agression, et a admis des "failles du système judiciaire qui n'a pas effectué une enquête pénale digne pour la victime".

Il a toutefois estimé qu'il n'y a pas de preuves "suffisantes pour démontrer la participation aux faits d'agents publics".

Aucun délai n'est imposé à la Cour pour rendre ses décisions qui sont sans appel.

Le cas de Jineth Bedoya est emblématique de la violence sexuelle dérivée du conflit armé qui mine la Colombie depuis près de 60 ans et a fait plus de neuf millions de victimes (morts, disparus et déplacés).