Vasseur: avant la F1, Hamilton avait "déjà ce qui fait sa force"

Paris (AFP) –

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Avant la F1, Lewis Hamilton avait "déjà ce qui fait sa force aujourd'hui: être capable d'avoir une énorme confiance en lui dans l'effort et d'énormément se remettre en cause en dehors de la voiture", raconte Fred Vasseur, qui l'a encadré à l'époque.

Patron des équipes ASM et ART Grand Prix, le Français a accompagné Hamilton lors de ses deux dernières saisons avant d'intégrer la catégorie reine du sport automobile en 2007, remportant les titres en Formule 3 Euroseries en 2005 et en GP2 Series en 2006.

Alors que le Britannique peut en 2021 devenir le pilote de plus titré de l'histoire avec huit sacres mondiaux, supplantant Michael Schumacher au pinacle de sa discipline, Vasseur pressentait-il cette trajectoire quand Hamilton avait 20 ans ?

"Personne ne peut anticiper si tôt qu'un sportif sera huit ou dix fois champion du monde parce qu'il y a tellement d'aléas, d'imprévus, d'être au bon endroit au bon moment", répond-il à l'AFP.

"Par contre, assez tôt, tu vois que par rapport aux pilotes que j'ai eus avant, il a quelque chose de spécial, se souvient l'ingénieur devenu dirigeant d'écuries. On se retrouve à archi-dominer, mais au-delà des résultats purs, c'est avant tout un gars qui a déjà à peu près tout dans l'ordre, parce qu'il est soutenu par McLaren, qu'il est méga-charismatique..."

- "J'ai fait le con" -

"Le truc qui le résume le mieux, c'est le jour où il s'est accroché avec Alexandre Prémat à Barcelone" en GP2, détaille-t-il. Après cet incident dans le dernier tour, Premat gagne devant Hamilton et leur patron se dit: 'ça va être tendu le débriefing...'"

"Je vais voir Lewis en premier et je lui demande ce qu'il en pense, continue le Français. Il me répond: +J'ai fait le con parce que si je ne rate pas mon départ, Prémat ne me revoit pas+" et donc ne l'accroche pas.

"Ca, c'est tout à fait le mec qui a la maturité d'analyse et de compréhension de la course. Il y a plein de pilotes qui auraient hurlé et jeté la faute sur l'autre. Lewis dit avant tout: qu'est-ce que j'aurais pu faire mieux ?"

Ce trait de caractère, estime Vasseur, fait toujours son succès. "Quand tu es plusieurs fois champion du monde, être capable de dire: +J'ai fait de la merde, je suis désolé+, je trouve ça hyper fort, poursuit-il. Parce qu'il n'emmène jamais l'équipe dans la mauvaise direction, il a un profond respect des gens autour de lui, et le jour où il leur dit: la voiture sous-vire, il n'y en a pas un qui imagine que ça n'est pas vrai."

Arrivé en F1 à 22 ans, champion l'année suivante, Hamilton n'apparaît rétrospectivement plus si jeune, sachant que Max Verstappen a gagné son premier GP à 18 ans en 2016. Mais à l'époque, il l'était, comparé au reste du plateau, et "il avait une maturité et une approche archi-professionnelles", conclut le Français.

Quand ses détracteurs reprochent au Britannique de 36 ans d'avoir eu la vie facile jusqu'à la Formule 1 grâce au soutien de McLaren dès son adolescence, l'actuel patron de l'écurie Alfa Romeo voit les choses autrement.

- "Des idées bien arrêtées" -

"La combinaison de l'époque, Lewis, son père et Martin Whitmarsh (qui dirigeait l'écurie britannique, ndlr), était très forte. Ils étaient bien complémentaires", concède Vasseur. Mais "il y a eu des moments où cette relation n'était pas méga simple", car le pilote avait "des idées bien arrêtées sur ce qu'il voulait faire", pas toujours raccord avec les plans de ses mécènes.

"C'est lui qui a poussé pour venir chez nous et, pour un pilote anglais, rouler dans une équipe française à l'époque, c'était bien le premier ! C'était une preuve de caractère d'assumer ce choix."

L'histoire s'est reproduite quelques années plus tard, quand Hamilton a quitté l'écurie de ses débuts pour tenter l'aventure avec Mercedes en 2013.

"Tout le monde a dit: il fait ça pour l'argent, c'est un scandale ! Mais il a fait ça pour remporter le championnat du monde surtout, pointe Vasseur. McLaren aurait peut-être eu d'autres résultats avec Lewis et Mercedes sans Lewis, mais ses six titres mondiaux depuis lui donnent raison."

Alors, Lewis Hamilton est-il né l'homme et le pilote qu'il est aujourd'hui ou l'est-il devenu ? "Je ne me pose pas la question de savoir si c'est inné", balaye celui qui a aussi couvé Sebastian Vettel, Nico Rosberg ou encore Charles Leclerc. Tout de même, "c'est sûr qu'il y a d'autres pilotes qui se sont forgé une force de caractère au fil des ans, mais je pense que lui l'avait dès le départ".