Tournoi des six nations: Alun Wyn Jones, l'insubmersible âme du pays de Galles

Saint-Denis (AFP) –

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Alun Wyn Jones. Douze lettres, quasiment 2 m et 120 kgs, 35 ans, 157 sélections et surtout un cinquième Tournoi des six nations: l'éternel capitaine du pays de Galles a inscrit son nom un peu plus dans la légende.

Cette fois, il n'y aura pas de quatrième Grand Chelem, la faute à un essai de Brice Dulin, dans les arrêts de jeu face à la France (32-30). Après un début de Tournoi 2021 parfait, les Gallois ont été arrêtés par les Bleus, incapables de remonter le déficit face à l'Ecosse.

Ce n'est pas donc au Stade de France ni au Millennium mais depuis Vale Resort, le centre d'entraînement du XV du Poireau, qu'Alun Wyn Jones soulèvera samedi le trophée du vainqueur pour la quatrième fois en tant que capitaine.

Pour son premier match contre les Bleus, le 24 février 2007, il avait déjà perdu (32-21). Dans le camp d'en face, Raphaël Ibanez n'était pas encore manager des Bleus. Le talonneur était alors capitaine d'un XV de France où figuraient notamment Christophe Dominici, Serge Betsen, Pierre Mignoni ou Vincent Clerc...

C'était également la première -et unique- sélection du talonneur du Stade français Benoît August.

Quatorze ans plus tard, Jones a perdu ses boucles blondes. Mais pas son abnégation. Car le gladiateur a une nouvelle fois guidé ses troupes vers un sixième titre depuis que le Tournoi se joue à six équipes (2000), le 28e de l'histoire du XV du Poireau.

"Il est comme un bon vin. Le monde du rugby a bien conscience de ce qu'il a apporté au rugby en termes de performances et de leadership", avait un jour estimé Warren Gatland, ancien sélectionneur du XV du Poireau qui avait désigné Jones capitaine pour la première fois en 2009.

Cette fois, l'éternel deuxième ligne des Ospreys a raté l'occasion de dépasser les légendes des années 70 et celles des années 2000, de JPR Williams à Gethin Jenkins en passant par Adam Jones et Gareth Edwards.

- Longévité, leadership -

Mais "AWJ", en quinze ans de sélection galloise, c'est forgé un palmarès colossal, auquel il faut ajouter deux demi-finales de Coupe du monde (2011, 2019), pour un joueur XXL. L'homme le plus capé de l'histoire (148 sélections, plus 9 avec les Lions britanniques et irlandais) est aussi un capitaine courage, capable de mettre la tête là où certains ne mettraient pas les mains.

Il coche toutes les cases du deuxième ligne moderne: efficace en touche autant que dans les mêlées et les rucks, il est aussi mobile malgré son physique de déménageur.

"Il me rappelle un peu l'effet que produit à l'école le directeur quand il entre dans une salle de classe. Vous savez juste quand il est là. Il a ce genre d'influence sur les joueurs. C'est un super athlète et la façon dont il gère son corps... c'est ridicule qu'il ait commencé en 2006 et joue encore en 2021!", estime de son côté l'ex-international James Hook (85 sélections avec le pays de Galles entre 2006 et 2015).

Le zen Jones n'est pas du genre à se laisser impressionner: avant le déplacement décisif en France, il avait sobrement évoqué "un match relativement important". Il n'avait pas non plus bronché après une provocation du pilier anglais Joe Marler en mars 2020.

Car Alun Wyn Jones est une source d'inspiration pour tout le pays de Galles: quand les choses ne vont pas bien, c'est vers lui que ses coéquipiers se tournent.

"Dans un monde sous pression comme celui du rugby international, vous voulez des joueurs qui peuvent assurer à tous les niveaux, leadership, exemplarité et performance", assure son entraîneur de club Toby Booth.

"Alun Wyn Jones, c'est quelqu'un sur lequel vous pouvez compter constamment et qui assure depuis un très long moment. Il montre l'exemple sur et en dehors du terrain", ajoute le technicien.

Un géant tranquille qui a laissé sa trace. Indélébile.