A Marseille, la Criée, toujours occupée, annule ses premières représentations

Marseille (AFP) –

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"Il y a urgence" à rouvrir, a plaidé mercredi Macha Makeïeff, la directrice de la Criée, le théâtre national de Marseille occupé depuis la mi-mars et contraint d'annuler ses premières représentations, jusqu'à samedi au moins.

Des dizaines de personnes occupent toujours 24 heures sur 24 la Criée, des intermittents mais aussi des étudiants, des sans-papiers.

La situation est aujourd'hui tendue avec la direction du théâtre, comme en a témoigné l'interruption mercredi matin par certains de ces manifestants, scandant leurs revendications avec un mégaphone, d'une interview de Macha Makeïeff sur Franceinfo en direct depuis le Vieux-Port.

"Après la séquence de l'occupation, des revendications, il faut la séquence de la réouverture parce qu'à l'intérieur des oeuvres se disent des choses aussi à la puissance incroyable", a alors plaidé la metteuse en scène.

"Il y a urgence" à rouvrir, a insisté Mme Makeïeff, demandant la médiation des autorités locales: "On est une collectivité, on a des édiles et c'est ensemble qu'on va pouvoir sortir de cette situation".

"Les premières représentations à partir de demain (jeudi) sont annulées", a par ailleurs confirmé à l'AFP une porte-parole de l'établissement.

"Au Café Maupassant" devait jouer jeudi et vendredi, marquant la réouverture après des mois de fermeture pour cause de Covid-19. Le festival national de théâtre amateur de Marseille, prévu vendredi et samedi, est également annulé.

Les occupants du théâtre réclament l'abandon de la réforme de l'assurance chômage qui doit entrer en vigueur début juillet mais inscrivent aussi leur mouvement dans une convergence de luttes, anti-raciste, anti-sexiste ou contre les violences policières.

"On lui parle d'artistes primo-entrants, d'artistes émergents, elle nous parle de types qui ont déjà fait six ou sept spectacles. C'est nous qui avons fait zéro heure, qui sortons d'école et sommes dans le besoin", a répondu Gaspard Raymond, 24 ans, comédien sorti d'école l'été dernier, à l'adresse de Macha Makeïeff.

La directrice "n'est jamais venue voir ce que nous faisions, à quoi ressemblaient les ateliers, ni en AG", a-t-il affirmé.

Depuis le 1er mai et une AG "interluttes" qui avait réuni 500 personnes, ces manifestants n'occupent plus seulement le hall et la mezzanine mais aussi la grande salle des représentations.

"Prendre cette salle, qui est utilisée par la direction pour organiser des représentations destinées à des pros (pendant la crise sanitaire, ndlr), est symbolique. Il y avait un mur qui séparait notre occupation de ce qui se passait ici alors que c'est nos moyens de production", a justifié Zelie Gillet, 25 ans, elle aussi tout juste sortie de l'Ecole régionale d'acteurs de Cannes et Marseille (ERACM).

D'autres théâtres sont toujours occupés en France, à l'image du Théâtre de l'Odéon à Paris qui a annoncé lui aussi mardi qu'il annulait ses représentations tant qu'il restait occupé.