Lara Lugli, montée au filet au nom du "droit à la maternité"

Rome (AFP) –

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Quand elle est tombée enceinte, en 2019, Lara Lugli savait que cela mettrait fin à son contrat avec son club. Mais cette ex-volleyeuse italienne ne se doutait pas que cela ferait d'elle la figure de proue du combat des sportives pour défendre leur "droit à la maternité".

"J’espère avoir montré la voie pour un changement", confie à l'AFP celle qui a mis fin à sa carrière il y a deux ans, après avoir évolué dans de nombreux clubs - de la 1re à la 3e division - pendant plus de vingt ans.

En mars dernier, cette brune énergique de 41 ans, revenue vivre dans sa ville natale de Carpi (Emilie-Romagne) et reconvertie dans les assurances, a dévoilé le conflit l'opposant à un ancien club.

Le Volley Pordenone refusait de régler ses derniers émoluments (2.500 euros, selon elle) car ce club, alors en Serie B1, estimait avoir été pénalisé par la grossesse de sa capitaine.

Dans un message sur Facebook, à la veille de la Journée internationale des droits des femmes, Lara Lugli raconte donc comment son contrat a été interrompu en mars 2019 quand elle est tombée enceinte, comme prévu par une clause. Elle avait ensuite fait une fausse couche et n'était pas revenue.

Mais alors qu'elle avait saisi la justice pour réclamer le paiement de son dernier salaire, elle a reçu une citation à comparaître en justice: son club lui reprochait les conséquences financières de son départ, avec la fuite d'un sponsor après de mauvais résultats.

- "Offense pour l'athlète" -

Lara Lugli explose donc sur les réseaux sociaux: "Une femme, si elle tombe enceinte ne peut constituer un dommage à quiconque".

Ce cri du cœur émeut l'Italie - des joueuses glissent un ballon sous leur maillot en hommage - et le débat s'ouvre sur les droits des sportives.

"Je m'attendais à avoir un peu d'écho dans le monde du volley-ball, mais pas tout ça! Beaucoup d'autres filles m'ont contactée, à qui il était arrivée la même chose, elles m'ont remerciée."

Ecrire ce message, avec le soutien de son compagnon, lui aussi volleyeur, n'était pourtant pas simple pour cette femme craignant d'étaler sa vie privée: "Les jours précédents, j'ai vu dans des vitrines des phrases de femmes célèbres, à l'occasion de la Journée des droits des femmes. Des phrases d'Elizabeth II ou Rita Levi-Montalcini (prix Nobel, NDLR)... Elles m'ont inspirée."

Ce n'était pas juste une histoire d'argent, dit-elle: "Il a été insinué (par le club, NDLR) que j'avais programmé cette grossesse et que j'aurais voulu - je ne sais comment - en profiter... C'était une offense pour l'athlète, pas seulement la femme."

Dirigeants sportifs comme responsables politiques ont depuis pris la balle au bond: "Il ne devra plus survenir des cas comme celui de Lara Lugli, qui évoquent des périodes sombres de l'histoire du travail", a clamé la sous-secrétaire aux Sports (et multi-médaillée olympique d'escrime) Valentina Vezzali.

- "Pratique indigne" -

L'ex-volleyeuse a engrangé les soutiens des dirigeants, sans être tout à fait dupe: "S'ils ont vraiment été surpris par mon histoire, ils n'auraient pas dû l'être, parce que ce sont des choses qu'ils devraient savoir: une sportive, y compris en Serie A, a ce type de contrat", assure-t-elle.

L'association de défense des sportives Assist confirme que son cas, "non seulement n'est pas unique et ne concerne pas que le volley, mais met en évidence une pratique indigne".

En Italie, seuls quatre sports masculins bénéficient du statut professionnel (football, basket, cyclisme et golf). Tous les autres, et tout le sport féminin, sont considérés comme amateurs et ne sont donc pas régis par le droit du travail, explique l'association.

"Ça doit changer... S'entraîner tous les jours et jouer le week-end, c'est du professionnalisme", souligne Lara Lugli.

Pour elle, le conflit s'est bien terminé car le club de Pordenone a réglé le salaire et retiré la citation, quelques jours avant l'audience prévue cette semaine.

Elle a surtout obtenu que la Fédération de volley instaure une commission sur la protection des sportives et évoque la création d'un fonds pour soutenir le "droit à la maternité".

"Lara Lugli n'a pas accepté de compromis et a compris que sa bataille était pour toutes", dit à l'AFP Luisa Rizzitelli, présidente de l'association Assist. "Elle a réussi, comme jamais, à donner une voix à une bataille que nous menons depuis des années."