Musique: Sons of Raphael, fils prodigues et prodiges

Paris (AFP) –

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Le budget de l'orchestration parié sur un match de basket et une collaboration avec le producteur français Philippe Zdar juste avant sa disparition: le premier album du duo Sons of Raphael ne pouvait qu'être fou et émouvant.

Ces deux frères anglais dans leur vingtaine cultivent une bizarrerie à la Sparks, autre tandem de frangins hors-cadre. Et tout prend chez eux des proportions hallucinantes, puisqu'ils ont porté pendant sept ans leur disque de pop-rock psychédélique, aux arrangements pharaoniques.

Le mot odyssée collerait mieux que genèse pour "Full-Throated Messianic Homage", album emballant caché derrière ce titre à rallonge ésotérique ("Hommage Messianique à Pleine Gorge"), sorti vendredi (chez Because).

Comme quand ils ont posé sur l'Île de Ré devant les pinceaux du peintre russe Maxime Kantor, résident de cette portion détachée des côtes françaises. Tout ça parce qu'une de ses toiles avait tapé dans l'œil d'un des deux frères dans les couloirs de l'Université d'Oxford où il étudiait.

- "En mission" -

"Nous étions en mission ! On a passé plusieurs semaines sur l'Île de Ré, ça a encore repoussé la sortie de l'album, c'est à ce moment qu'on a perdu notre management, beaucoup de gens parmi nos soutiens, qui n'y croyaient plus", raconte Ronnel, assis à côte de son frère Loral, lors d'un entretien en visio avec l'AFP depuis leur appartement londonien.

Pour la petite histoire, Ronnel --lunettes à verre fumé caramel, tignasse-casque-- se prénomme ainsi car ses parents, qui s'intéressaient à l'histoire des cultes et autre sectes, ont inversé la première partie du nom de L. Ron Hubbard, fondateur de la Scientologie (dont ils ne sont pas membres).

On retrouve d'ailleurs leur père sur ce disque, où il a été convié par sa descendance... à siffler. "Sur cet album, on a aussi une femme, une siffleuse professionnelle de Los Angeles, mais pour contre-balancer, on a aussi demandé à notre père. C'est une règle d'or en studio, quand quelque chose est très bien fait, il faut mettre à côté quelque chose d'un peu amateur, sinon ça fait objet trop bien poli", décrypte Loral, cheveux mi-longs, moue à la Julian Casablancas (The Strokes).

Quel producteur-mixeur déjanté recruter pour un tel disque ? On leur conseille alors Philippe Zdar, moitié du groupe électro Cassius, qui avait aussi mis son art des consoles au service de Phoenix, des Beastie Boys, Franz Ferdinand ou encore Kanye West.

- "Bouffe et cinéma" -

Le courant passe, ils discutent "bouffe et cinéma, les films de John Cassavetes, Brian de Palma ou Robert Altman", se souvient Ronnel. Le duo reste "deux à trois mois à ses côtés alors qu'on devait rester deux à trois semaines", prolonge Loral.

"Avant, on souffrait sur cet album, mais pour Zdar, la musique c'était la vie, il voyait toujours le positif, parfois, le matin, s'il faisait beau on n'allait pas dans son studio (Motorbass) mais prendre un café à Saint-Germain-des-Prés", commence Loral. "On était comme trois frères, on prenait du bon temps à Paris", finit Ronnel.

"On a fini l'album la nuit avant sa mort (de cause accidentelle, à 52 ans, en juin 2019 ndlr)", dévoile Loral. L'atmosphère de l'interview se fait moins potache. "Certains présentent notre album comme mixé par +feu-Philippe Zdar+, il aurait franchement ri de cette formule, de toute façon son âme vivra toujours dans Motorbass", complète Ronnel.

Il n'y avait que ce musicien français à la douce folie pour s'entendre avec deux énergumènes qui venaient, comme le raconte Loral, de miser le budget orchestration sur un match de basket. Qui conclut: "C'était stupide, mais on a gagné". Leur album est aussi un pari réussi.