Bangladesh: une journaliste critique de la gestion du Covid libérée sous caution

Dacca (AFP) –

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Une journaliste bangladaise a été libérée sous caution dimanche après d'immenses manifestations contre son arrestation liée à des reportages sur la gestion de la pandémie de Covid-19 par les autorités.

Rozina Islam, une journaliste d'investigation âgée de 42 ans qui travaille pour le plus grand quotidien du pays, Prothom Alo, a été arrêtée le 17 mai en vertu de la loi sur les secrets d'Etat.

A l'issue d'une comparution devant un tribunal, elle a été inculpée pour vol de documents du ministère de la Santé.

Un magistrat d'un tribunal de Dacca a ordonné sa libération sous caution en échange de la remise de son passeport et du versement d'une caution de 5.000 takas (48,5 euros), a indiqué son avocat à la presse.

"Nous ne nous sommes pas opposés à sa remise en liberté sous caution à la condition qu'elle remette son passeport" afin qu'elle ne puisse pas quitter le pays, a-t-il déclaré.

Mme Islam devrait être libérée dans la journée de dimanche a précisé à l'AFP le procureur général de Dacca, Abdullah Abu.

Des syndicats de journalistes et des associations de défense ont affirmé que l'arrestation de Mme Islam était liée à ses reportages dénonçant la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement.

Dans ses articles, elle a notamment affirmé que du matériel médical d'urgence a été délaissé à l'aéroport de Dacca pendant des mois, mais aussi que des pots-de-vin ont été versés pour recruter des médecins. Elle a également rapporté de la corruption présumée au ministère de la Santé pour l'achat d'équipements médicaux.

Avant sa détention, Mme Islam avait passé cinq heures au ministère de la Santé qui l'a accusée d'avoir volé des documents, selon une plainte du ministère vue par l'AFP.

Sa détention a déclenché des manifestations à travers tout le pays auxquelles ont notamment pris part des milliers de journalistes et des militants des droits politiques et civils.

Des associations de défense des droits affirment que la répression à l'encontre des médias s'est intensifiée pendant la crise du coronavirus.

Le secrétaire général du Club de la presse du Bangladesh s'est félicité de cette remise en liberté sous caution mais a demandé l'abandon des poursuites engagées contre la journaliste.

Les "journalistes bangladais travaillent toujours dans un climat de peur", a-t-il affirmé.

Le Bangladesh a fait état d'un peu plus de 12.300 décès dus au coronavirus et de près de 800.000 contaminations, mais les experts estiment que ces chiffres sont largement sous-évalués.