Tennis: les raquettes de champions, des outils sur-mesure mais pas des baguettes magiques

Corbas (France) (AFP) –

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Tout amateur de tennis le sait: Nadal multiplie les exploits avec une raquette Babolat, Federer a élevé son sport au rang d'art avec une Wilson et Djokovic construit un palmarès historique grâce à sa Head. Mais si leurs raquettes sont en vente pour le grand public, l'outil qu'ils tiennent effectivement en main est personnalisé à l'extrême... sans pour autant être une baguette magique.

"La raquette est vitale pour la carrière de tout joueur, c'est l'extension de son bras, c'est par elle que passent les sensations et au bout du compte, sans un bon feeling avec sa raquette, il est très difficile d'obtenir des succès", résume Nadal pour l'AFP avant le début de Roland-Garros (30 mai-13 juin).

"Si j'essaye une autre raquette, aujourd'hui, je ne serai pas à l'aise au début. Alors qu'avec ma raquette, je me sens bien parce que je la connais à la perfection, je sais où frapper, je sais ce que je peux faire. À tout moment, je sais comment la balle peut réagir au mouvement que je fais", détaille-t-il.

À neuf ans, le jeune Rafa accompagné de son oncle-professeur Toni entre dans un magasin de tennis dans son village de Manacor et choisit une raquette Babolat. Depuis, il n'a jamais changé d'équipementier et les deux parties viennent de se lier "toute sa carrière et même au-delà", selon le PDG Éric Babolat.

L'Espagnol a déboulé avec un jeu révolutionnaire et chez son équipementier on s'est dit "ouh là, un ovni est arrivé, qu'est-ce qu'on peut faire ?". Résultat, en 2020, Nadal a étrenné à Roland-Garros la première raquette griffée à son nom et y a remporté son 13e titre parisien, son 20e Majeur.

- "Canaliser l'effet" -

Mais attention ! Cette raquette n'est pas magique et tout le monde ne serait pas capable d'en tirer le maximum. Élaborée au fil des ans en étroite collaboration avec Nadal pour favoriser son lift et sa puissance, elle est destinée aux très bons joueurs.

Le travail des ingénieurs a consisté à "canaliser la prise d'effet" car Nadal a un spin naturellement déjà très fort: la raquette doit permettre de transmettre au mieux l'efficacité de son geste à la balle tout en la maintenant dans le court.

Il en est résulté un cadre profilé en carbone composite d'un poids de 300 grammes sans le cordage, que tout un chacun peut acheter.

Mais à partir de là, les cadres fabriqués en Chine passent par le laboratoire de Corbas, près de Lyon, où ils sont triés pour être dans une fourchette de masse de 2g, puis adaptés aux besoins de Nadal ou de la centaine d'autres joueurs de l'équipementier qui bénéficient de ce service.

Pour personnaliser une raquette, il faut 20 à 90 minutes de travail pour un surcoût évalué entre 150 et 200 euros chez Babolat.

Il y a d'abord une personnalisation physique du manche: octogonal au départ, ses arrêtes peuvent être plus ou moins polies, sa taille affinée et sa forme adaptée, jusqu'à y tailler une cale pour un doigt.

Puis il y a la personnalisation technique, avec des ajouts de matière sur le cadre (lamelles de plomb) et/ou dans le manche afin de modifier la masse de la raquette pour la puissance, son centre de gravité pour la précision et son moment d'inertie pour la stabilité. Le tout est vérifié sur des machines de haute précision spécialement conçues par et pour la marque.

- "La balle ne part pas" -

"On est dans le sur-mesure, on travaille sur des gabarits différents, des intentions de jeu différentes, pour adapter la raquette aux besoins du joueur", explique Sylvain Trinquigneaux, ingénieur au laboratoire performance de Babolat.

Les réglages restent confidentiels. Au mieux peut-on apprendre que la masse du cadre de Nadal "est portée de 300 à 315 g" quand certains poussent à 400 g. Ses réglages sont ceux "d'un bon joueur français". Comprendre, rien d'extravagant.

Pour parvenir aux bons réglages, les joueurs se contentent le plus souvent d'un "la balle ne part pas", confie l'ingénieur. À partir de là, à lui, de trouver des solutions...

"Impliquer tous nos joueurs dans la recherche et développement serait l'idéal. Mais c'est impossible. Cependant, Rafa c'est Rafa: il est intégré au développement des raquettes. Ses retours sont super intéressants et super enrichissants. Idem pour Dominic Thiem", souligne Sylvain Trinquigneaux.

Une fois les réglages individuels arrêtés, les ingénieurs reconfigurent à l'identique toutes les raquettes qu'ils fournissent à leurs champions. Les ajustements éventuellement nécessaires se font sur la tension du cordage.

Et s'il a évidemment une idée de ce que sera la raquette du futur, Sylvain Trinquigneaux n'en dit pas un mot. Sauf que la raquette idéale "n'existe pas". Elle serait "à la fois la plus puissante, celle qui mettrait le plus d'effet, la plus précise et la plus maniable. Or la raquette +la plus tout+ ne peut pas exister. Pour la rendre plus puissante, il faut perdre en maniabilité. C'est pourquoi on fait du sur-mesure."

Et c'est pourquoi ce sont les joueurs qui font de la magie, pas leur matériel.