Roland-Garros: face aux menaces des Grand Chelem, Osaka ne désarme pas

Paris (AFP) –

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Face à l'avertissement lancé par les quatre tournois du Grand Chelem si elle continue de boycotter les conférences de presse à Roland-Garros, Naomi Osaka ne désarme pas: "La colère est un manque de compréhension. Le changement met les gens mal à l'aise", répond-elle.

C'est par ces deux courtes phrases qu'Osaka a réagi - sur les réseaux sociaux - au long communiqué au ton ferme et menaçant du quatuor le plus puissant du tennis mondial qui a suivi sa victoire au premier tour dimanche.

Roland-Garros a fait savoir par ce biais que le refus de la N.2 mondiale de se présenter en conférence de presse après sa qualification - conformément à ce qu'elle avait annoncé quelques jours plus tôt en avançant la préservation de sa santé mentale - lui valait d'ores et déjà une amende de 15.000 dollars (environ 12.300 euros).

Surtout, les quatre Majeurs y préviennent que "dans l'hypothèse où elle continuerait à manquer à ses obligations médiatiques pendant le tournoi, elle s'exposerait à de nouvelles sanctions".

"Des infractions à répétition pourraient engendrer des sanctions plus sévères, y compris l'exclusion du tournoi, ainsi que le déclenchement d'une enquête pour faute grave, qui pourrait mener à des amendes plus lourdes et des suspensions pour les Grands Chelems à venir", insistent-ils.

- "Utiliser son statut" -

A en croire le texte, de premières tentatives de conciliation ont échoué. "Les équipes de Roland-Garros lui ont demandé de revoir sa position et ont tenté, sans succès, de lui parler pour s'assurer de son bien-être, comprendre ses difficultés particulières et voir ce qui pouvait être fait pour l'aider", souligne-t-il.

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Alors quelle tournure va prendre ce face-à-face entre les quatre poids lourds et celle qui s'affirme comme une nouvelle icône du sport mondial, se distingue par ses engagements sociétaux, et est déjà devenue, à 23 ans, la sportive la mieux payée au monde ?

Son entourage a pris la parole ces dernières heures pour justifier sa position radicale.

Osaka "sait qu'il est important de parler à la presse" et ne boycotte pas les médias "pour elle seule", mais parce qu'elle est "préoccupée par des questions fondamentales, elle veut provoquer un changement", explique son entraîneur, le Belge Wim Fissette, au magazine allemand Der Spiegel.

"Naomi a la possibilité d'utiliser son statut pour aborder les problèmes et initier des choses", ajoute-t-il.

Dans un long message posté, puis retiré, sur le réseau social Reddit, sa sœur aînée Mari raconte que "quand elle a perdu à Rome (d'entrée contre Pegula, NDLR), elle n'allait pas bien mentalement".

- "Tout bloquer" -

"Elle essaie de faire ce qui est le mieux pour elle, plaide-t-elle encore. Il y a l'argument selon lequel elle peut se le permettre quand d'autres ne peuvent pas. Et s'ils le veulent aussi et qu'elle crée un précédent qui leur permettra de le faire à l'avenir ?"

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Pour l'instant toutefois, la croisade d'Osaka n'a pas trouvé d'écho parmi les joueurs et les joueuses, qu'il s'agisse de Rafael Nadal, de la N.1 mondiale Ashleigh Barty, ou encore de la lauréate 2020 de Roland-Garros Iga Swiatek.

Figure tutélaire du tennis mondial, Billie Jean King "admire et respecte comment Naomi utilise sa voix" mais estime "qu'en tant que sportif professionnel, nous avons la responsabilité de nous rendre disponibles pour les médias".

"A notre époque, sans la presse, personne n'aurait su qui on était ni ce qu'on pensait, rappelle-t-elle sur Twitter. Je sais bien que les choses sont très différentes aujourd'hui avec les réseaux sociaux. (Mais) les médias jouent encore un rôle important pour nous raconter."

"Naomi nous fait réfléchir (...) Je respecte Naomi, et ce qu'elle a fait sur les questions sociales, et pour le jeu, mais il faut que tout le monde communique et trouve une solution", appelle l'ancienne championne américaine Chris Evert dans le New York Times.

Osaka fera-t-elle évoluer sa position ? Son deuxième tour est programmé mercredi.