Roland-Garros: les Bleus au bord du gouffre

Paris (AFP) –

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Encore une année noire pour les Français à Roland-Garros: alors que la 5e journée du tournoi n'est pas finie, il ne reste plus qu'un tricolore dans le tableau masculin, symptôme de la crise du tennis français, entre une génération finissante et une relève pas prête.

Après les éliminations mercredi d'Enzo Couacaud et de Gaël Monfils jeudi midi, tout repose désormais sur les épaules de Richard Gasquet.

Mais pour le Biterrois, qui affrontera en session nocturne Rafael Nadal, l'homme aux 20 Grands Chelems dont 13 Porte d'Auteuil, la mission s'annonce quasi impossible.

S'il échoue, il n'y aurait plus aucun Français présent au 3e tour. Du jamais vu depuis 1968 !

Déjà au deuxième tour, la France avait battu un triste record, avec seulement trois Français rescapés chez les hommes. Là encore ce n'était jamais arrivé depuis le début de l'ère Open.

Les femmes n'ont pas fait mieux, avec elles aussi trois survivantes au deuxième tour.

- 18 au départ -

Dès les qualifications, l'heure n'était guère à l'optimisme: aucun des 21 représentants hexagonaux n'avait réussi à obtenir un sésame pour accéder au tableau principal.

Ils étaient malgré tout 18 Bleus chez les garçons au départ de ce Roland-Garros, un chiffre globalement identique à celui de ces dernières années, même si sept avaient pour cela dû bénéficier d'une invitation.

Mais le premier tour ne leur a pas fait de cadeaux. Avec seulement deux Français tête de série (Monfils et Ugo Humbert), peu de chance d'échapper aux gros poissons en début de tournoi.

Jérémy Chardy a ainsi hérité d'entrée du N.5 mondial Stefanos Tsitsipas, Pierre-Hugues Herbert (83e) de la pépite italienne Jannik Sinner (19e) et Benoît Paire de l'un des hommes en forme sur terre battue, le Norvégien Casper Ruud.

En tout, 12 tricolores se sont retrouvés face à des joueurs mieux classés au premier tour. Parmi eux, Hugo Gaston, seule éclaircie dans le ciel des Bleus l'an dernier à Roland-Garros, dont il avait atteint les huitièmes de finale.

Ajoutez à cela quelques joueurs encore convalescents (Tsonga, Pouille) et d'autres issus du circuit secondaire (Rinderknech, Bonzi), sans expérience ou presque du Grand Chelem. Les motifs d'espoir étaient minces.

Et la réalité s'est avérée conforme aux prévisions. Pour les tennismen français, l'édition 2021 de Roland-Garros s'achève prématurément sur un triste bilan. A l'image du tennis français dans son ensemble.

- Mousquetaires vieillissants -

"C'est vrai que c'est un peu plus difficile en ce moment, les résultats ne sont pas exceptionnels depuis le début de l'année", reconnaît Gasquet.

Motif principal du marasme? Sans doute les difficultés à trouver une relève à la génération dorée des Tsonga, Gasquet, Monfils et autres Simon, tous anciens membres du top 10 mondial.

"C'était une période du tennis français qui était belle pour tout le monde. (...) Mais c'est une génération qui va bientôt partir", avait souligné ce week-end l'ancien N.7 mondial, le plus jeune avec Monfils (34 ans) de ces "nouveaux Mousquetaires".

"On ne fait clairement pas partie de la +NextGen+", a reconnu en plaisantant Gilles Simon, 37 ans.

Mais "dans le sport de haut niveau, il n'y pas non plus 50 mecs qui jouent encore à cet âge-là. Il y a les Nadal, les Federer, mais ce sont des extraterrestres", a souligné Gasquet.

"Vous savez, les Japonais, ils cherchent un champion, les Chinois aussi. Tout le monde cherche un champion. Aujourd'hui, en France, on en cherche", souligne Tsonga.

Alors qui ? Adrian Mannarino et Benoît Paire ont déjà 32 ans, Pouille court après son meilleur niveau après sa blessure au coude, Humbert et Corentin Moutet manquent encore de régularité.

Les Bonzi, Rinderknech et autres Couacaud, issus du circuit Challenger, manquent encore d'expérience dans les grands tournois. Quant aux Gaston, Arthur Cazaux et autres Harold Mayot, 20 ans à peine, ils n'ont pas encore atteint leur pleine maturité.

Malgré tout, il reste des raisons d'espérer, selon Tsonga. Les futurs champions tricolores, "il y en a, il faut juste les faire évoluer".

Un constat partagé par le président de la Fédération française de tennis Gilles Moretton, qui mise sur le temps long pour combler ce creux générationnel: "On ne doit pas aller trop vite, contrairement à ce qui était fait avant, où on privilégiait le résultat immédiat, dès l’âge de 12 ans, au détriment de la formation".