Liban : Saad Hariri renonce à former un gouvernement

Le Premier ministre désigné du Liban, Saad Hariri, le 18 mars 2021, à Beyrouth.
Le Premier ministre désigné du Liban, Saad Hariri, le 18 mars 2021, à Beyrouth. © Bilal Hussein, AP

Le Premier ministre désigné au Liban, Saad Hariri, a annoncé jeudi qu'il renonçait à former un gouvernement, près de neuf mois après avoir été nommé et au moment où le pays est confronté à la pire crise socio-économique de son histoire.

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Saad Hariri a annoncé, jeudi 15 juillet, qu'il renonçait à former un gouvernement au Liban, à la suite d’un entretien avec le président Michel Aoun qui a duré à peine 20 minutes.

"Il est évident que nous ne serons pas capables de nous entendre avec son excellence le président", a dit le Premier ministre désigné à des journalistes, à l'issue de cette rencontre. "C'est pourquoi je me retire de la formation d’un gouvernement."

Saad Hariri, qui a proposé mercredi une équipe de 24 ministres, a indiqué à la presse que le président Michel Aoun avait réclamé des amendements à la liste du gouvernement, changements auxquels il était opposé.

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"Il est clair que la position [de Michel Aoun] n'a pas changé sur le sujet et que nous ne serons pas en mesure de nous mettre d'accord", a-t-il indiqué.

"Je lui ai proposé plus de temps pour réfléchir et il a dit 'Nous ne pourrons pas nous mettre d'accord'. C'est pourquoi je me suis excusé de ne pas pouvoir former le gouvernement, que Dieu aide le pays", a-t-il ajouté.

Attachement de Saad Hariri à un gouvernement de technocrates

Michel Aoun et Saad Hariri ont plusieurs fois affiché leurs désaccords ces derniers mois, notamment au cour d'une passe d'armes publique en mars dernier, après une énième rencontre qui avait viré aux accusations acerbes.

Le Premier ministre désigné reprochait au président d'entraver la formation du gouvernement en insistant sur une "minorité de blocage" au sein de la prochaine équipe ministérielle et en cherchant à imposer une répartition "confessionnelle et partisane" des portefeuilles.

Saad Hariri, lui, réitérait son attachement à un gouvernement de technocrates, réclamé à l'international.

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La présidence avait démenti toute velléité de "minorité de blocage" et exprimé son "étonnement" quant aux "propos" du Premier ministre désigné.

Dans un communiqué publié jeudi après-midi par la présidence, Michel Aoun a déclaré que Saad Hariri ne s'était pas montré disposé à discuter du moindre changement à la proposition qu’il avait soumise la veille.

Le communiqué des services du président libanais précise que celui-ci va organiser au plus tôt des consultations parlementaires. Aucune personnalité ne se dégage toutefois de manière évidente pour tenter de former un gouvernement, tâche revenant à un sunnite, selon la Constitution libanaise.

Des partis absorbés par leurs habituels marchandages

Trois fois Premier ministre, Saad Hariri avait été une nouvelle fois nommé à ce poste le 22 octobre 2020, un an après sa chute sous la pression de la rue.

Le gouvernement actuel, chargé des affaires courantes, avait démissionné après l'explosion dévastatrice du port de Beyrouth, le 4 août 2020, un coup de grâce pour une population déjà à genoux.

La gigantesque déflagration a été déclenchée par un incendie dans un entrepôt au port qui abritait des tonnes de nitrate d'ammonium stockées "sans mesures de précaution" de l'aveu même des autorités. Outre les plus de 200 morts, l'explosion a fait plus de 6 500 blessés et détruit des quartiers entiers de la capitale libanaise.

Une enquête locale n'a toujours rien donné, aucun responsable n'ayant eu à rendre des comptes. Les forces de sécurité ont tiré mardi des gaz lacrymogènes contre des manifestants en colère protestant devant la résidence à Beyrouth d'un ministre accusé de bloquer l'enquête sur l'explosion.

Près d'un an plus tard, les partis restent absorbés par leurs habituels marchandages dans un pays multiconfessionnel mis en coupes réglées par les barons des diverses communautés.

Avant Saad Hariri, Moustapha Adib, un diplomate peu connu du grand public nommé fin août pour former un gouvernement, avait lui aussi échoué face à la résistance des partis à sa proposition de cabinet.

Avec AFP et Reuters

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