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Israël : que reste-t-il de l’utopie des kibboutz ?

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Billet retour © France 24

Lorsqu'en 1909, quelques immigrants juifs d'Europe de l'Est, animés par des idées sionistes et socialistes, fondent le premier kibboutz sur les rives du lac de Tibériade en Palestine, ils n'envisagent pas que 40 ans plus tard, plus de 70 000 personnes auront rejoint leur mouvement communautaire. Devenu un élément central de l'installation des colons juifs, les kibboutz se sont métamorphosés au fil des ans : privatisation, conversion en centre de vacances ou en incubateur de start-up... Un siècle après sa création, le mouvement a bien changé. Reportage de Cécile Galluccio.

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Une fois passé le grand portail d’entrée et la guérite si typique des kibboutz, c’est un grand parking qui attend le visiteur. À partir de là, tout se fait à pied… ou en voiturette de golf. À Ma’agan Michael, dans le nord d’Israël, les 2000 habitants ont préservé le mode de vie des kibboutz d’antan avec le partage des tâches et des revenus en fil rouge : salle à manger commune, laverie collective, pas de loyer, ni de travaux à payer. Les entreprises fondées par le kibboutz et qui lui appartiennent toujours font vivre la communauté et les salaires sont entièrement reversés dans le pot commun. C’est l’un des kibboutz les plus riches du pays. "Quand vous avez de l’argent, vous pouvez être socialiste", glisse, sourire aux lèvres, Nir, le secrétaire général de Ma’agan Michael. Le seul inconvénient selon Sandrine, la directrice des services généraux, c’est cette promiscuité 24 heures sur 24 : "On vit dans une société fermée, la vie privée n’existe pas vraiment…"

À quelques dizaines de kilomètres de là, le partage ne fait plus recette. Et le socialisme tel que les pionniers l’avait pensé a disparu il y a quelques années déjà. Degania Alef est le tout premier kibboutz d’Israël, mais cela ne l’a pas épargné. Comme l’immense majorité des autres, il a renoncé au partage des revenus pour faire place à la privatisation. "On n’est pas des Amish, on avance, comme le reste du monde", s’agace Ishai, 83 ans. Degania Alef a tout simplement suivi le mouvement d’une société plus individualiste. Pas étonnant qu’il se soit vidé dans les années 2000. Mais récemment, certains jeunes, qui se sont essayés à la vie extérieure, choisissent de revenir. Peut-être parce que la sécurité du kibboutz permet de travailler, ni trop, ni trop peu, sans craindre que le salaire soit trop bas. Car le niveau de vie au sein des kibboutz est au-dessus de celui de la société israélienne. Qui sait, la nouvelle génération va peut-être redorer le blason de Degania et insuffler une nouvelle dynamique ?

>> À voir : "Les kibboutz à l'heure de la modernité"

Un peu plus au sud, à Sderot près de la Bande de Gaza, le vent a déjà tourné. Née dans un kibboutz traditionnel, Nomika Zion, accuse le mouvement de déconnecter ses membres du reste du monde. "Les kibboutz sont entourés d’une clôture, et la clôture est très vite devenue un mur. Un mur émotionnel, culturel et social et j’ai voulu briser ce mur". Elle a donc créé une nouvelle formule : le kibboutz urbain !

Désormais, c’est au sein des villes que la communauté s’implante. Et sans clôture pour être en phase avec la population déjà sur place. Mais Migvan n’a de kibboutz que le nom. "Les gens veulent bien partager leur temps et leur pain, mais plus leur porte-monnaie", dit-elle, résignée. Aujourd’hui seulement neuf membres mettent encore leur argent en commun et bientôt ils ne seront plus que trois... Le kibboutz Migvan est voué à mourir, pour peut-être renaître, sous une autre forme.

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