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Rencontre entre Netanyahu et MBS : "Israéliens et Saoudiens redoutent l’inconnue Biden"

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors d'une conférence de presse au sommet du G20, le 22 novembre 2020, à Riyad.
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors d'une conférence de presse au sommet du G20, le 22 novembre 2020, à Riyad. © Bandar Al-Jaloud / Palais royal saoudien / AFP
6 mn

Malgré les démentis saoudiens, la rencontre secrète entre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le prince héritier, Mohammed ben Salmane, en Arabie saoudite, a relancé les spéculations sur le rapprochement attendu entre le royaume et l’État hébreu. Décryptage avec Karim Sader, consultant spécialiste du Golfe. 

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Bien que Riyad nie catégoriquement toute "rencontre", en Arabie saoudite, entre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), démentant les propos d'un ministre israélien, il est de plus en plus question d’un rapprochement entre les deux pays.

L'État hébreu a annoncé ces derniers mois des accords de normalisation de ses relations avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, mais aussi le Soudan, sous le parrainage américain de l'administration Trump.

Des responsables américains et israéliens ont évoqué à plusieurs reprises des accords à venir avec des pays arabes, dont l’Arabie saoudite.

Comment expliquer cependant cette communication à deux vitesses, et le timing de cette rencontre au sommet ?

Pour répondre à ces questions, France 24 a interrogé Karim Sader, politologue et consultant spécialiste du Golfe.

France 24 : Comment analysez-vous la cacophonie autour de la rencontre secrète du 22 novembre entre Benjamin Netanyahu et le prince héritier Mohammed ben Salmane ?

Karim Sader : À travers le démenti saoudien, on ressent toujours une forme d’embarras à la tête du royaume wahhabite qui contraste avec l’enthousiasme des Israéliens. Ces derniers ont, eux, tout intérêt à rendre publique, même indirectement, cette rencontre. Un embarras qui s'explique notamment par une divergence au sommet du pouvoir entre le roi Salmane et son fils Mohammed ben Salmane. Ce désaccord découle d’un conflit générationnel qui s’est illustré à plusieurs reprises sur différents dossiers, dont celui du rapprochement très délicat avec Israël, auquel est farouchement opposé le monarque.

Le roi Salmane reste en effet très attaché à la question palestinienne et à l’initiative de paix arabe, formulée en 2002 par son prédécesseur et demi-frère, le défunt roi Abdallah, rejetée par les Israéliens. En outre, il est certain que cette fuite dans la presse est aussi quelque part destinée à préparer le terrain à un rapprochement avec l’État hébreu, et à prendre le pouls des opinions locales et régionales. N'oublions pas que toute décision de l'Arabie saoudite vis-à-vis d’Israël engage également le gardien des lieux saints de l’islam, ce qui lui confère une dimension religieuse hautement symbolique qui dépasse les frontières du royaume wahhabite. D’où les réticences du roi Salmane, qui pourrait s’attirer les foudres d’une partie de l’establishment religieux wahhabite déjà réticent à la marche forcée des réformes entreprises par MBS. 

Que faut-il comprendre du timing de cette rencontre ? 

Le calendrier diplomatique de ce rapprochement, orchestré par l’administration Trump, semble s’accélérer alors que le démocrate Joe Biden a remporté la course à la Maison Blanche. Il s’agit d’une mise à profit des derniers mois de l’ère Trump qui avait déjà été constatée avec l’accélération du calendrier de l’officialisation des rapprochements entre Israël d’un côté et les Émirats arabes unis et Bahreïn de l’autre. Il faut croire qu’après avoir pleinement bénéficié d’un soutien total de la part de Donald Trump, Israéliens et Saoudiens redoutent l’inconnue Joe Biden. 

Pour MBS,  il y a la volonté de garder les faveurs de Washington et de gagner le cœur de la nouvelle administration, alors qu’il était devenu un allié embarrassant après l’affaire Khashoggi et la guerre au Yémen. Le départ de Donald Trump, qui l’avait personnellement défendu et couvert après l’assassinat du journaliste saoudien afin de garantir en échange la caution saoudienne pour son “deal du siècle”, pourrait sceller le retour d’une certaine hostilité au sein de la Maison Blanche, voire la fin d’une certaine impunité à l’égard de la monarchie wahhabite. Ce que le prince héritier, toujours en quête de réhabilitation et après son retour raté lors d'un G20 virtuel qui ne lui a pas offert l’exposition recherchée, souhaiterait anticiper par un rapprochement avec les Israéliens, alliés régionaux des Américains. 

Quels sont les enjeux géostratégiques d’un tel rapprochement qui isole un peu plus l’Iran ?

En plus de la menace iranienne, Riyad tente de faire face à la montée en puissance de l'activisme de la Turquie dans la région, le rival sunnite du royaume. Ce qui pousse de plus en plus MBS dans les bras de l’autre puissance régionale non-arabe, Israël. Mais l’Iran reste le centre des préoccupations des deux pays. Or le changement d’administration à Washington fait craindre un revirement de la position américaine vis-à-vis de Téhéran, avec notamment un retour possible des États-Unis dans l’accord sur le nucléaire iranien. Un accord abandonné par Donald Trump, pour la grande satisfaction des Israéliens et des Saoudiens. 

Mais en cherchant à accélérer le rapprochement avec Israël, MBS pourrait cependant faire un pas de trop vers une remise en question ou une fragilisation de son pouvoir à la fois à l’intérieur du royaume où il se mettrait l’establishment wahhabite sur le dos, mais aussi une partie de l’opinion arabe. Cela pourrait profiter au rival iranien, qui s’est déjà emparé de la question palestinienne, lui donnant une certaine aura dans la région à travers le Hamas et le Hezbollah qu’il soutient. Mais aussi à la Turquie d’un Recep Tayyip Erdogan qui s'est érigé en défenseur des Palestiniens, abandonnés par les puissances arabes. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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