Analyse

En Israël, une impressionnante campagne de vaccination teintée d'enjeux politiques

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, reçoit une dose de vaccin contre le Covid-19, le 19 décembre 2020.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, reçoit une dose de vaccin contre le Covid-19, le 19 décembre 2020. © Amir Cohen, pool, AFP

Plus d’un million d’Israéliens ont été vaccinés depuis le 20 décembre, ce qui fait de l’État hébreu l’un des pays les plus efficaces en la matière actuellement. Une campagne sanitaire accélérée (anticipation, vaccinodromes) qui se déploie sur fond de campagne électorale, dont Benjamin Netanyahu espère sortir vainqueur en "sauveur de la nation".

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La course contre le Covid-19 est engagée en Israël. Entre le 20 décembre et le 4 janvier, près de 14 % de la population de l’État hébreu a été vaccinée – soit 1,22 million de personnes sur près de 9 millions d’Israéliens, selon les dernières données disponibles. Ce ratio fait d’Israël l’un des pays les plus efficaces au monde depuis le lancement des campagnes de vaccination, et l’exécutif a pour ambition de maintenir ce rythme d’ici la fin janvier pour porter à deux millions le nombre de personnes ayant reçu l'injection des deux doses du vaccin.

Cette efficacité repose d’abord sur la capacité d’anticipation de l’État hébreu. "Israël a préacheté des vaccins avant même la fin des tests précliniques, en juin dernier, et à des prix élevés", explique Frédérique Schillo, historienne spécialiste d’Israël, contactée par France 24. Selon des médias locaux, il en aurait coûté 25 euros par dose de vaccin à l’État hébreu, contre respectivement 12 et environ 15 euros en Europe pour les vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna. Un prix élevé assurant de disposer de stocks suffisants avant d’autres pays.

L’organisation de la vaccination sur le territoire israélien est un autre point fort de la stratégie déployée ces dernières semaines. "Israël s’appuie sur quatre caisses de sécurité sociale qui organisent ensuite les centres de vaccination, détaille Frédérique Schillo. C’est une logistique bien rodée, bien huilée, avec des vaccinodromes qui marchent sept jours sur sept, y compris pour certains le shabbat (jour de repos dans la religion juive, NDLR). Tous les soignants sont mobilisés pour vacciner à tour de bras." Une stratégie qui se calque sur l’objectif de l’exécutif israélien, à savoir vacciner 150 000 personnes par jour.

Crise sanitaire… et crise de confiance

Le but pour Israël, comme dans d’autres pays, est d’une part d’enrayer la crise sanitaire et d’autre part la crise sociale et économique générée par la pandémie de Covid-19. Après le premier confinement du printemps 2020, le chômage a bondi en quelques mois en Israël, de moins de 4 % à plus de 20 % selon le journal Times of Israël.

À cela s’est ajoutée une crise de confiance contre le pouvoir en place. Benjamin Netanyahu est notamment critiqué pour ses affaires de corruption et accusé de mal gérer la crise sanitaire, alors que le pays a enregistré près de 450 000 personnes infectées et 3 445 décès depuis le début de la pandémie – plaçant Israël entre la Russie et l'Allemagne en nombre de morts pour 100 000 habitants. Cet été, des milliers de manifestants se sont d’ailleurs rassemblés devant sa résidence pendant plusieurs mois, tous les samedis, pour réclamer sa démission.

Selon Frédérique Schillo, "Israël était cité comme modèle au moment de la première vague avec la décision rapide de confiner le pays, mais il y a eu deux autres confinements mal gérés". Le deuxième, en septembre, a vu l’État hébreu devenir le pays au monde avec le plus de nouveaux cas de coronavirus par habitant, et le troisième démarré fin décembre pourrait être durci d’ici la fin de cette semaine. "Des décisions erratiques ont été prises durant ces confinements, poursuit l’historienne. Benjamin Netanyahu voulant se maintenir au pouvoir – l’alternative pour lui étant un procès –, il a mis tout le pays sous cloche pour préserver le soutien de ses alliés ultraorthodoxes, alors qu’on savait que cette communauté était fortement touchée par le virus."

La "survie politique" de Benjamin Netanyahu en jeu

Dans ce contexte politique agité, la campagne de vaccination arrive à point nommé pour Benjamin Netanyahu alors que se profilent les élections législatives au mois de mars.

Le Premier ministre a montré l’exemple devant les caméras, le 19 décembre, en étant le premier Israélien à se faire vacciner contre le Covid-19. Un geste "populiste et salutaire à la fois", selon Frédérique Schillo : "Il y a eu beaucoup de communication autour de cette vaccination, mais l’exemple est venu d’en haut et la population a eu confiance à un moment où un quart des Israéliens disaient ne pas vouloir se faire vacciner."

L’avenir politique de Benjamin Netanyahu semble finalement plus lié qu’il n’y paraît au succès de la campagne de vaccination en cours en Israël. "Il s’est posé comme sauveur de la nation face au Covid-19. En réussissant avec les vaccins, il peut faire oublier ses échecs", explique l’historienne. "Cette campagne est une opportunité pour Benjamin Netanyahu, pour sa survie politique."

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