De retour devant les juges pour corruption, Benjamin Netanyahu plaide non coupable

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de son audience à Jérusalem, le 8 février 2021.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de son audience à Jérusalem, le 8 février 2021. © Reuters

Le Premier ministre israélien a plaidé non coupable lundi devant les juges, face à des accusations de corruption. À l'approche de nouvelles élections en mars, ses partisans craignent un possible impact de la procédure judiciaire sur le vote, crucial à sa survie politique. 

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De retour devant les juges, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a clamé une nouvelle fois son innocence lundi 8 février, réfutant les accusations de corruption qui pèsent contre lui.

Masque sanitaire noir sur le bas du visage, Benjamin Netanyahu, 71 ans, est resté environ 20 minutes lundi matin dans la salle d'audience du tribunal de Jérusalem, où il est jugé pour des accusations de corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires.

"J'approuve la réponse écrite en mon nom", a-t-il déclaré en allusion à une lettre rédigée par ses avocats et présentée à la justice le mois dernier, dans laquelle il "nie toutes les charges" retenues contre lui.

Détenteur du record de longévité des Premiers ministres israéliens avec 15 ans au pouvoir, Benjamin Netanyahu est le premier chef de gouvernement de l'histoire d'Israël jugé en étant en fonction.

Au tribunal, ses avocats Boaz Ben Zur et Amit Hadad ont accusé le procureur général, Avichai Mandelblit, qui avait été nommé par Benjamin Netanyahu, de mal gérer l'affaire. Selon eux, une partie de l'enquête a été ouverte sans les autorisations requises.

La défense avait auparavant demandé quelques mois pour préparer le dossier, arguant de sa complexité.

Les juges ont indiqué qu'ils étudieraient ces allégations avant d'annoncer les dates de la prochaine étape du procès, ce qui suggère que Benjamin Netanyahu ne devrait pas se représenter au tribunal avant le scrutin du 23 mars.

"Je ne pense pas qu'ils vont se précipiter à la phase des preuves avant les élections", a déclaré lundi soir Benjamin Netanyahu. "Cela serait perçu comme une intrusion évidente dans les élections", a-t-il ajouté. 

Netanyahu jugé pour trois affaires de corruption 

Lundi, des manifestants rassemblés à l'extérieur du tribunal ont appelé au départ du chef du gouvernement. "Dégage", "Tu ne voleras point", pouvait-on lire sur des banderoles.

"Nous sommes ici pour balayer toute la saleté et toute la corruption qu'il a créées ces dernières années", a déclaré à l'AFP Claudia Manoquian, une manifestante. "Netanyahu veut établir une dictature en Israël, nous ne le laisserons pas faire".

Le Premier ministre est jugé dans trois affaires. Le dossier Bezeq, aussi nommé "Affaire 4 000", où il est accusé d'avoir tenté de s'assurer une couverture favorable par le site Walla contre des faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des millions de dollars à Shaul Elovitch, alors patron du géant israélien des télécoms Bezeq, dont Walla fait partie.

Benjamin Netanyahu, qui détenait à l'époque également le portefeuille des Communications, a nié avoir cherché à obtenir une couverture favorable de Walla en échange de son approbation en 2015 à une fusion de Bezeq avec le distributeur de télévision par satellite Yes.

Dans l'"Affaire 2 000" ou Mediagate, il est accusé d'avoir cherché à s'assurer une couverture favorable mais cette fois du quotidien payant le plus lu en Israël, le Yediot Aharonot, en échange d'une possible loi limitant la diffusion du journal gratuit Israel Hayom, son principal concurrent.

Dans le troisième dossier, "l'Affaire 1 000", Benjamin Netanyahu et des membres de sa famille sont soupçonnés d'avoir reçu des cadeaux – cigares de luxe, bouteilles de champagne et bijoux – pour plus de 700 000 shekels (environ 175 000 euros) de la part de personnalités en échange de faveurs financières ou personnelles.

Benjamin Netanyahu a indiqué avoir reçu une opinion légale d'experts concluant qu'il avait le droit d'accepter des cadeaux d'amis proches et nie avoir octroyé des faveurs.

Les partisans de Netanyahu craignent une influence sur le vote de mars

L'audience de lundi intervient au lendemain d'un allègement des mesures sanitaires pour lutter contre la pandémie de Covid-19 et après un report de l'audience initialement prévue en janvier. Son dernier passage devant la justice, en mai dernier, avait été écourté également en raison de la pandémie de coronavirus.

Lors de sa première comparution, Benjamin Netanyahu, qui ne bénéficie d'aucune immunité, venait de former un gouvernement d'union avec son rival Benny Gantz. Mais depuis, les manifestations contre le Premier ministre, surnommé le "Crime minister" (ministre du crime) par les protestataires, se sont multipliées et la coalition au pouvoir a éclaté.

Résultat, le procès de Benjamin Netanyahu est relancé à 45 jours de nouvelles élections prévues pour le 23 mars – les quatrièmes en moins de deux ans – ce qui soulève des craintes quant à un possible impact sur le vote. Yariv Levin, président de la Knesset et proche de Benjamin Netanyahu, a déclaré, dimanche, dans le Israel Hayom, craindre une "interférence sans précédent du système judiciaire dans les élections" si la cour présentait "dès à présent" ses éléments de preuve contre le Premier ministre.

Cette nouvelle bataille électorale est d'ailleurs loin d'être gagnée pour Benjamin Netanyahu, détenteur du record de longévité des chefs de gouvernement israélien avec 15 ans au pouvoir. Il espère rallier une majorité de sièges, pour possiblement se faire voter une immunité judiciaire ensuite. Selon les derniers sondages, son parti, le Likoud, reste en pole position des intentions de vote. Mais le Likoud n'arriverait toutefois pas à atteindre, avec ses différents alliés, le seuil de la majorité (61).

Avec AFP et Reuters

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