Famine au Yémen : moins de la moitié des dons espérés par l'ONU ont été récoltés

Une jeune fille yéménite dans le camp de déplacés de aw al-Naseem, dans le nord du Yémen, le 18 février 2021.
Une jeune fille yéménite dans le camp de déplacés de aw al-Naseem, dans le nord du Yémen, le 18 février 2021. © Nabil Alawzari, AFP

Au cours d’une réunion virtuelle, les Nations unies ont imploré sans succès lundi les donateurs internationaux. Moins de la moitié de l'aide espérée a été récoltée pour essayer d'empêcher la famine de s’ajouter aux souffrances des Yéménites. Antonio Guterres a déploré la baisse des dons qui équivaut, selon lui, à une "peine de mort".

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"Une peine de mort". C'est ainsi qu'Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU a qualifié, lundi 1er mars, la baisse des promesses de dons pour assurer une aide au Yémen, ce pays dévasté par la guerre. A l'issue d'une conférence internationale, seulement 1,7 milliard de dollars, sur les 3,85 milliards espérés, ont été récoltés.

Gouvernements et donateurs particuliers ont participé à une réunion virtuelle co-organisée par la Suède et la Suisse, pendant que les violences s'intensifient à Marib, dans le nord du Yémen, entre les rebelles Houthis, soutenus par l'Iran, et le gouvernement, appuyé par l'Arabie saoudite.

"Le résultat de la réunion d'aujourd'hui (...) est décevant", a regretté M. Guterres, expliquant que les promesses de dons restent moins importantes que l'aide versée en 2020, qui manquait déjà de 1,5 milliard de dollars sur les 3,4 milliards nécessaires. "Des millions d'enfants, de femmes et d'hommes yéménites ont désespérément besoin d'aide pour vivre. Réduire l'aide équivaut à une peine de mort", a déploré le chef de l'ONU dans un communiqué.

Pas assez d'argent pour contrer la famine

 "Je remercie ceux qui se sont engagés généreusement et je demande aux autres de réfléchir à nouveau à ce qu'ils peuvent faire pour contribuer à éviter la pire famine que le monde ait connue depuis des décennies", a insisté Antonio Guterres.

Le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, a résumé la situation: "L'argent que nous avons récolté aujourd'hui ne suffira pas à contrer la famine", a-t-il prévenu lors d'une conférence de presse virtuelle.

Le conflit, déclenché en 2014 par une offensive des rebelles qui ont conquis de vastes pans du territoire, a tué des dizaines de milliers de personnes selon des ONG et poussé des millions d'autres au bord de la famine. C'est la pire crise humanitaire au monde d'après l'ONU.

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Dans un contexte de pandémie, la situation a empiré avec la chute des financements de l'aide. "Pour la plupart des gens, la vie au Yémen est désormais insupportable (...). L'enfance est un enfer", a déclaré le secrétaire général de l’ONU.

Certaines des promesses de lundi, dont les 191 millions de dollars des États-Unis et les 430 millions de dollars de l'Arabie Saoudite, sont inférieures aux dons de 2020. L'Allemagne a en revanche augmenté sa contribution en promettant 200 millions d'euros.

Plus de 16 millions de Yéménites confrontés à la faim

Selon les derniers chiffres de l'ONU, plus de 16 millions de Yéménites, soit environ la moitié de la population de 29 millions d'habitants, risquent d'être confrontés à la faim cette année. Près de 50 000 d'entre eux "meurent déjà de faim dans des conditions proches de la famine" et 400 000 enfants de moins de 5 ans pourraient mourir de malnutrition aiguë "sans traitement d'urgence".

En septembre 2020, l'ONU a révélé que l'aide essentielle avait été supprimée dans 300 centres de santé du Yémen en raison du manque de financement, et que plus d'un tiers de ses principaux programmes humanitaires avaient été réduits ou interrompus.

Plusieurs organisations humanitaires ont exprimé leur frustration à l'issue de la conférence de lundi. "Le Yémen a désespérément besoin d'une augmentation et non d'une réduction de l'aide", a déclaré dans un communiqué Muhsin Siddiquey, directeur d'Oxfam pour le Yémen.  

Mettre fin au conflit pour mettre fin au désastre humanitaire

La conférence s'est tenue à un moment où les États-Unis cherchent à relancer le dialogue pour résoudre le conflit. Washington a retiré les Houthis de la liste des "organisations terroristes" et cessé de soutenir l'intervention depuis 2015 au Yémen d'une coalition menée par l'Arabie saoudite qui aide militairement le pouvoir.

Les Houthis ont néanmoins intensifié leurs opérations contre les forces du gouvernement et l'Arabie saoudite. Et l'aviation saoudienne pilonne les positions des rebelles à Marib afin de les empêcher d'avancer.

Lundi, le secrétaire d'État américain Antony Blinken a pressé les Houthis de cesser leur offensive et de "se joindre aux Saoudiens et au gouvernement du Yémen en agissant de manière constructive en faveur de la paix". "L'aide seule ne mettra pas fin au conflit. Nous ne pouvons mettre fin à la crise humanitaire au Yémen qu'en mettant fin à la guerre", a-t-il affirmé lors de la réunion.

L'ONU prévoit un désastre humanitaire si les combats pour Marib continuent, rappelant qu'ils ont déjà mis "des millions de civils en danger". Cette région abrite de nombreux déplacés, dont des centaines de familles ont repris la fuite. 

Avec AFP

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