"Que se taisent les armes" : l'appel à la paix du pape François en Irak

Le Pape François lors de son discours au palais présidentiel de Bagdad, le 5 mars 2021.
Le Pape François lors de son discours au palais présidentiel de Bagdad, le 5 mars 2021. © Vatican Media, via Reuters

Le pape François est arrivé, vendredi, en Irak pour une visite historique, malgré un contexte marqué par les violences et les restrictions sanitaires. Lors de cette première visite papale, le souverain pontife a délivré un discours de paix, invitant à ce que cessent les "violences", les "extrémismes" et les "intolérances". 

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Le pape François est arrivé, vendredi 5 mars, en Irak. Une première pour un souverain pontife dans ce pays ravagé par les guerres et désormais confronté à la pandémie.

L'avion transportant l'évêque de Rome de 84 ans, qui avait déclaré venir en "pèlerin de la paix", a atterri à Bagdad, point de départ d'une visite de trois jours durant laquelle il tendra aussi la main aux musulmans en rencontrant, dans la ville sainte de Najaf, le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité religieuse pour de nombreux chiites d'Irak et du monde.

Le président irakien Barham Saleh a accueilli le pape François en "invité apprécié", tandis que le souverain pontife argentin disait avoir "attendu longtemps" sa visite, la première de l'histoire d'un pape en Irak, qui abrite l'une des plus anciennes communautés chrétiennes au monde.

"Que se taisent les armes ! Que la diffusion en soit limitée, ici et partout !", a lancé, vendredi, le pape François en Irak, pays déchiré depuis 40 ans par la violence.

"Assez de violences, d'extrémismes, de factions, d'intolérances !"

"Que cessent les intérêts partisans, ces intérêts extérieurs qui se désintéressent de la population locale. Assez de violences, d'extrémismes, de factions, d'intolérances !", a martelé le souverain pontife. 

Le pape François a notamment dénoncé les "barbaries insensées" du groupe État islamique en 2014 contre la minorité yazidie, dont des milliers de femmes ont été réduites à l'esclavage sexuel. "Je ne peux pas ne pas rappeler les Yazidis, victimes innocentes de barbaries insensées et inhumaines, persécutés en raison de leur appartenance religieuse dont l'identité même et la survie ont été menacées", a-t-il dit dans un discours aux autorités irakiennes.

Il a, en outre, plaidé devant les autorités irakiennes pour que "personne ne soit considéré comme citoyen de deuxième classe" dans un pays musulman où les chrétiens ne sont plus que 1 % des 40 millions d'habitants. "Il est indispensable d'assurer la participation de tous les groupes politiques, sociaux et religieux, et de garantir les droits fondamentaux de tous les citoyens", a-t-il ajouté. 

Le pape François a également appelé à "lutter contre la plaie de la corruption, les abus de pouvoir et l'illégalité" au début de sa visite en Irak, l'un des pays les plus corrompus au monde. 

Il s'est ensuite rendu à la cathédrale Notre-Dame du Secours perpétuel à Bagdad, visée à la veille de la Toussaint 2010 par la prise d'otages la plus sanglante contre des chrétiens d'Irak qui a fait 53 morts. Le pape a ainsi salué la mémoire de "nos frères et sœurs morts [...] et dont la cause de béatification est en cours". "Je vous remercie, frères évêques et prêtres, d'être demeurés proches de votre peuple, en le soutenant", a-t-il ajouté. 

La communauté chrétienne d'Irak est passée de près d'un million et demi de membres en 2003 à moins de 400 000 aujourd'hui mais, a poursuivi le pape, "la communauté catholique en Irak, bien que petite comme une graine de moutarde, (doit continuer) à enrichir la marche du pays dans son ensemble".

Un voyage aux quatre coins du pays, en pleine pandémie 

Le pape François entamera ensuite en voiture blindée ou en avion un voyage sans bain de foule, "virtuel" pour les Irakiens qui le suivront à la télévision. Bagdad a assuré avoir pris toutes les mesures de sécurité "terrestres et aériennes" pour cette visite.

François sera souvent seul sur les routes, refaites pour l'occasion, en raison d'un confinement total décrété après que le nombre de contaminations a battu cette semaine un record, avec plus de 5 000 cas de Covid-19 recensés par jour.

>> À lire aussi : Pape François en Irak : une visite "cruciale" après "30 ans de descente aux enfers"

"J'essaierai de suivre les indications et de ne pas donner la main à chacun, mais je ne veux pas rester loin", a déclaré le pape argentin dans l'avion.

Ses étapes aux quatre coins du pays rassembleront quelques centaines de personnes seulement, à l'exception d'une messe, dimanche, dans un stade d'Erbil au Kurdistan, en présence de plusieurs milliers de fidèles ayant réservé leur place à l'avance.

Le programme papal est ambitieux. Bagdad, Najaf, Ur, Erbil, Mossoul, Qaraqosh : de vendredi à lundi, il va parcourir 1 445 kilomètres.

Le programme du pape François en Irak
Le programme du pape François

Le programme du pape François en Irak est ambitieux : Bagdad, Najaf, Ur, Mossoul, Qaraqosh, Erbil. De vendredi à lundi, il parcourra 1 445 km dans un pays marqué par des tensions irano-américaines toujours latentes et un nombre record de contaminations au Covid-19. Le trajet se déroulera en voiture blindée et sans bain de foule alors que l'hélicoptère ou l'avion du pape survolera parfois des zones où sont encore présents des jihadistes de l'organisation État islamique. Les Irakiens devront le suivre à la télévision.

  • L'évêque de Rome commencera vendredi à Bagdad par un discours devant les dirigeants du pays, abordant les difficultés sécuritaires ou économiques que subissent les 40 millions d'Irakiens. La situation de la minorité chrétienne sera sûrement évoquée.
  • Il sera ensuite reçu samedi dans la ville sainte de Najaf par le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité religieuse pour de nombreux chiites d'Irak et du monde.
  • Le pape se rendra ensuite dans la cité antique d'Ur, le lieu de naissance, selon la Bible, du patriarche Abraham, personnage commun aux trois religions monothéistes. Il y priera avec des musulmans, des Yazidis et des Sanéens (monothéismes préchrétiens).
     
  • François poursuivra son voyage dimanche dans la province de Ninive (nord de l'Irak), le berceau des chrétiens d'Irak. Il se rendra à Mossoul et Qaraqoch, deux villes marquées par les destructions du groupe État islamique.
  • Le souverain pontife présidera dimanche une messe en plein air, en présence de milliers de fidèles, à Erbil, capitale du Kurdistan irakien. Ce bastion kurde musulman avait ouvert grand ses portes aux centaines de milliers de chrétiens, Yazidis et musulmans fuyant les jihadistes.

"Tout laisser, sauf sa foi"

Ce premier voyage à l'étranger en quinze mois permettra au chef de l'Église catholique d'aller à la rencontre d'une petite communauté de fidèles aux "périphéries" de la planète, de loin ce qu'il préfère.

Pour Saad, chrétien à Mossoul, ville toujours en reconstruction après la guerre contre le groupe État islamique, ce voyage tombe à point dans ce pays qui a vu son taux de pauvreté doubler et passer à 40 % de la population en 2020. "Nous espérons que le pape expliquera au gouvernement qu'il doit aider son peuple", dit-il à l'AFP.

Quand en 2014, le groupe État islamique a pris la plaine de Ninive, bastion chrétien du nord, des dizaines de milliers d'habitants ont fui et peu font désormais confiance à des forces de l'ordre qui les ont alors abandonnés, disent-ils.

"Certains ont eu quelques minutes pour décider s'ils voulaient partir ou être décapités", rappelle le père Karam Qacha. "On a dû tout laisser, sauf notre foi", résume ce prêtre chaldéen à Ninive, dénonçant le peu d'aide du gouvernement aux chrétiens pour récupérer leurs maisons ou leurs terres, souvent accaparées par des miliciens – parfois chrétiens eux-mêmes – ou des proches de politiciens.

Main tendue aux chiites

Mais, se lamente le cardinal Leonardo Sandri, qui chapeaute la "Congrégation pour les églises orientales" au Vatican et accompagne le pape, "un Moyen-Orient sans les chrétiens, c'est un Moyen-Orient qui a la farine, mais pas le levain ni le sel".

C'est pour ça, dit-il, que le pape François ne manquera pas de les appeler à rester ou à revenir en Irak. Un appel au retour "obligatoire", mais "difficile", convient le cardinal Sandri, tant l'Irak va depuis quarante ans de guerre en crise politique ou économique.

Selon la fondation "Aide à l'Église en détresse", seuls 36 000 des 102 000 chrétiens partis de Ninive sont revenus. Et parmi eux, un tiers dit prévoir de quitter le pays d'ici à 2024 par peur des miliciens et en raison du chômage, de la corruption et des discriminations.

Avec AFP

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