REPORTAGE

Guerre en Syrie : le camp des veuves et des orphelins au Liban

La localité d'Ersal, au Liban, accueille plus de 60 000 réfugiés syriens dans d’immenses cités de toile.
La localité d'Ersal, au Liban, accueille plus de 60 000 réfugiés syriens dans d’immenses cités de toile. © France 24

Depuis 2011, le Liban a accueilli 1,5 million de réfugiés syriens. À Ersal, dans le Nord, près de la frontière avec la Syrie, les camps se sont multipliés en dix ans, concentrant des dizaines de milliers de personnes. L'un d'entre eux est réservé aux veuves et aux orphelins.

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La localité d'Ersal, au nord-est de Beyrouth, accueille plus de 60 000 réfugiés syriens dans d’immenses cités de toile. L’une d'entre elles est un peu à l’écart, cernée de murs et fermée par une grille.

"Ici, il n’y a pas d’hommes, on l’appelle le 'camp des veuves et des orphelins'. Il n’y a que nous qui vivons ici. Nos hommes sont tous auprès de Dieu", explique Souad Salem, l'une des réfugiées.

Ces femmes préfèrent rester discrètes sur les circonstances de la mort de leurs maris. Certains ont disparu dans les prisons syriennes, d’autres en combattant dans les groupes armés de l’opposition. Souad Salem est venue se mettre à l’abri ici en 2013, seule avec quatre de ses enfants. Son mari, resté en Syrie, est mort. "Il ne me reste que deux enfants, une fille et un garçon. J’en avais cinq, j’en ai perdu une, j’en ai marié deux. Je n’ai pas de mari. Quand je suis venue, ma famille était composée de sept personnes, il ne me reste que deux enfants, c’est insupportable", raconte-t-elle.

Ces veuves ont fait le choix de se regrouper au sein de ce camp informel. "Les visites sont permises seulement pendant la journée. Il est interdit de recevoir des hommes après 21 h. C’est notre règle ici", précise Souad Salem. "Nous sommes contentes d’être ici, nous n’avons pas envie d'être dans un camp mixte.”

"On va mourir ici avant que cela ne soit réglé"

Un seul homme est autorisé à résider au sein du camp avec sa femme : le gardien. Il collecte dans chaque tente un loyer mensuel de 25 000 livres libanaises, soit environ trois euros. Il règle aussi les soucis du quotidien.

“Ce sont des femmes entre elles, elles se comprennent. Moi, je n’interviens que s'il y a un gros problème. Elles me voient comme un père", explique Walid Kassem El Masri, le gardien du camp.

Ces veuves survivent grâce à des petits boulots et aux aides de l’ONU, 100 000 livres libanaises – soit environ 10 euros – par personne et par mois.

"Je prends tout à crédit, à crédit, à crédit, et j’élève seule quatre orphelins sans soutien financier. Cela fait dix ans que je suis ici. Depuis que la crise a éclaté. Regardez mon garçon, il avait quatre mois quand son père est mort. On attend une solution miracle, mais je crois qu’on va mourir ici avant que cela ne soit réglé", se lamente l'une de ces femmes.

Dans le camp, tous les enfants grandissent un peu plus vite qu’ailleurs, surtout les filles, qui n'ont que le mariage comme horizon. "C’est le sort de nos filles à cause de notre condition de réfugiés, elles n’ont pas de futur. Nos filles ne pensent qu’à ça, nous ne pensons qu’à ça, c’est comme ça. À 14, 15, 16 ans grand maximum, tu es chez ton mari", résume Souad Salem.

La plupart de ces femmes se disent prêtes à rentrer en Syrie, mais elles ont peur des représailles. Elles attendent aujourd'hui une forme de protection internationale pour elles-mêmes et leurs enfants.

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