Aide au peuple syrien : 6,4 milliards de dollars promis, loin de l'objectif espéré

Une déplacée syrienne se ravitaille en eau dans son camp situé dans la ville de Hasakeh, dans le nord-est de la Syrie, le 24 août 2020.
Une déplacée syrienne se ravitaille en eau dans son camp situé dans la ville de Hasakeh, dans le nord-est de la Syrie, le 24 août 2020. © Delil Souleiman, AFP

Les donateurs internationaux se sont engagés, mardi, à verser une aide totale de 6,4 milliards de dollars aux déplacés et réfugiés syriens victimes d'une décennie de guerre, lors d'une conférence internationale organisée à Bruxelles par l'Union européenne et les Nations unies. L'ONU espérait un soutien financier d'au moins 10 milliards de dollars pour 2021.

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Les donateurs internationaux ont promis, mardi 30 mars, la somme de 6,4 milliards de dollars d'aide en faveur du peuple syrien et de ses réfugiés, en nette baisse par rapport à l'année précédente, et très en deçà de l'objectif de 10 milliards fixé par l'ONU.

Les promesses d'aides totalisent 4,4 milliards de dollars pour l'année 2021, ainsi que 2 milliards pour 2022 et les années suivantes, a précisé le commissaire européen Janez Lenarcic, à l'issue de la conférence de Bruxelles organisée par l'Union européenne (UE) et les Nations unies. Il n'a pas donné immédiatement d'explications sur ce recul.

L'événement de deux jours, tenu virtuellement pour cause de pandémie, a réuni quelque 80 délégations, mobilisées pour les millions de déplacés et de réfugiés.

L'Allemagne, par la voix de son chef de la diplomatie Heiko Maas, s'est engagée à verser à elle seule 1,74 milliard d'euros, soit un tiers des engagement totaux annoncés, et les États-Unis quelque 510 millions d'euros.

"La tragédie syrienne ne doit pas durer encore dix ans. Y mettre un terme commence par rendre l'espoir, et ça commence avec nos engagements, ici aujourd'hui", a souligné Heiko Maas.

Cette cinquième édition de la conférence de Bruxelles pour la Syrie vise aussi à soutenir les pays voisins (Liban, Jordanie, Turquie, Irak, Égypte), qui ont accueilli 80 % des réfugiés syriens ayant dû fuir leur pays.

L'aide financière doit notamment faciliter l'accès à l'enseignement pour les enfants réfugiés.

Des vies "déchirées"

L'ONU avait appelé à des dons d'au moins 10 milliards de dollars pour l'année en cours, rappelant que 24 millions de personnes ont besoin de soutien en Syrie et dans la région, soit 4 millions de plus que l'an dernier.

L'objectif affiché était de collecter "au moins 4,2 milliards de dollars pour la réponse humanitaire à l'intérieur de la Syrie et 5,8 milliards supplémentaires pour soutenir les réfugiés et communautés d'accueil dans la région", avaient précisé les Nations unies. Avec seulement 4,4 milliards de dollars de promesses pour 2021, on en est très loin.

Le montant des promesses "confirme les craintes que les donateurs n'entendent pas les appels de millions de Syriens qui ont fui leurs foyers et dont les vies ont été déchirées par dix ans de guerre", s'est alarmée l'ONG Oxfam.

"Depuis dix ans, les Syriens ont enduré la mort, la destruction, les déplacements forcés et les privations, et la situation ne s'améliore pas, au contraire", avait plaidé le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

29 milliards de dollars mobilisés par l'UE en dix ans

Heiko Maas a rappelé que depuis le début de la guerre en mars 2011, la moitié de la population syrienne avait dû fuir, et qu'aujourd'hui encore, "90 % des Syriens vivent dans la pauvreté".

Dans le nord-ouest de la Syrie, près de trois millions de personnes dépendent de l'aide humanitaire pour survivre, a-t-il relevé.

La précédente édition de la conférence des donateurs pour la Syrie, en juin 2020, s'était soldée par des promesses à hauteur de 5,5 milliards de dollars pour l'année 2020 selon l'ONU.

La Commission européenne avait fait état d'engagements totaux de 7,7 milliards – dont près de 30 % correspondant à des promesses pour 2021. L'UE et ses 27 États membres revendiquent d'avoir contribué aux deux tiers de ce total, et l'Allemagne, première économie du continent, avait déjà été le donateur le plus généreux.

Le bloc européen dit avoir mobilisé quelque 29 milliards de dollars (24,7 milliards d'euros) pour venir en aide au peuple syrien depuis 2011.

"Regardez dans vos cœurs"

Déclenché en mars 2011 par la répression d'une révolte populaire, le conflit en Syrie s'est transformé en guerre dévastatrice, qui a fait plus de 387 000 morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). La guerre a aussi poussé à l'exode des millions de personnes.

Lundi, devant le Conseil de sécurité de l'ONU à New York, les États-Unis ont réclamé la réouverture de points d'accès humanitaires aux frontières syriennes, fermés en 2020 sous pression russe.

"Comment est-il possible que nous ne puissions pas trouver dans nos cœurs l'humanité commune pour réellement prendre des mesures significatives ? Regardez dans vos cœurs", a imploré le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken.

Des propos jugés "hypocrites" par le régime de Damas : "Les États-Unis violent la charte des Nations unies et le droit international en imposant des sanctions unilatérales, en politisant les questions humanitaires, en occupant des territoires (d'autres pays)", a répliqué mardi le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Avec AFP

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