Mahmoud Abbas annonce le report des premières élections en Territoires palestiniens en quinze ans

Une famille palestinienne suit le discours de Mahmoud Abbas d'un camp de réfugiés, jeudi 29 avril 2021.
Une famille palestinienne suit le discours de Mahmoud Abbas d'un camp de réfugiés, jeudi 29 avril 2021. © Said Khatib, AFP

Les élections législatives en Territoires palestiniens, prévues le 22 mai, sont reportées tant que la tenue du scrutin n'est pas "garantie" à Jérusalem-Est, a annoncé jeudi soir le président palestinien, Mahmoud Abbas. Un report jugé "profondément décevant" par l'Union européenne, qui appelle "tous les acteurs palestiniens à reprendre leurs efforts".

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Les Palestiniens devront encore patienter pour voter. Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a annoncé, dans la nuit de jeudi 29 à vendredi 30 avril, un report des premières élections en quinze ans dans les Territoires palestiniens.

"Nous avons décidé de reporter la date des élections jusqu'à ce que […] notre peuple puisse exercer ses droits démocratiques à Jérusalem", a déclaré Mahmoud Abbas à l'issue d'une rencontre de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) portant sur les législatives prévues le 22 mai. 

Dans la foulée de cette décision, la Commission électorale palestinienne a annoncé l'arrêt de ses activités visant à préparer ces élections annoncées début janvier dans le cadre d'un projet de "réconciliation" entre le parti laïc Fatah de Mahmoud Abbas et les islamistes du Hamas, deux grands pans de la politique palestinienne.

"Le Fatah et le président de l'Autorité palestinienne portent l'entière responsabilité de la décision [de reporter les élections] et de ses conséquences qui représentent rien moins qu'un coup d'État contre notre accord [de réconciliation]", a commenté vendredi le Hamas dans un communiqué.  

"Si Abbas reporte les élections, nous organiserons des manifestations", avait prévenu cette semaine Daoud Abou Libdeh, un candidat de la liste de Mohammad Dahlane.

La crainte d'affrontements

À Ramallah, où les troupes du président Abbas ont plus l'habitude d'organiser des manifestations que de les subir, des centaines de personnes sont descendues dans les rues pour dénoncer tout report du scrutin, a constaté un journaliste de l'AFP sur place.

"Comme jeunes Palestiniens, nous sommes une génération entière à ne pas savoir ce que signifie des élections, […] cette nouvelle génération a le droit de choisir ses leaders et de faire partie du processus de décision. Il est temps que les jeunes décident", a dit Tariq Khudairi, un manifestant de 25 ans, une pique lancée à l'endroit du président âgé de 85 ans. 

Les rumeurs fusaient de toutes parts depuis plusieurs semaines sur le report, voire l'annulation, des législatives du 22 mai et de la présidentielle de juillet, les premiers scrutin nationaux dans les Territoires en quinze ans. 

Après les dernières élections législatives, en 2006, les tensions entre le Fatah et le Hamas avaient mené à des affrontements musclés et à une scission géographique du pouvoir entre l'Autorité palestinienne, contrôlée par le Fatah et qui siège en Cisjordanie occupée, et le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza.

Quant à Jérusalem-Est, portion orientale de la Ville sainte considérée par les Palestiniens comme la capitale de leur futur État, elle n'est contrôlée par aucun de ces deux camps car annexée depuis plus de cinquante ans par Israël, d'où la requête à l'État hébreu pour que le vote puisse y être tenu.

Abbas exige des bureaux de vote à Jérusalem

La Commission électorale palestinienne avait assuré récemment pouvoir mettre sur pied des bureaux de vote dans des villes voisines de Jérusalem, en Cisjordanie occupée. 

Mais Mahmoud Abbas a rejeté jeudi soir cette option, disant vouloir que le vote puisse être tenu à Jérusalem, et que les partis puissent y mener leur campagne électorale, alors que l'État hébreu y a interpellé ces dernières semaines des candidats aux législatives.

Sans "garantie" sur la tenue des élections dans à Jérusalem-Est point de scrutin, a décrété le président imputant ainsi le report à l'État hébreu à l'heure où la Ville Sainte est déjà le théâtre depuis deux semaines de manifestations quotidiennes de jeunes Palestiniens contre la police israélienne.

Ces manifestations avaient fait la semaine dernière plus d'une centaine de blessés en une seule nuit alors qu'un groupe de juifs d'extrême-droite avaient chanté "mort aux Arabes".

Une fronde au sein du Fatah

Si Mahmoud Abbas joue la carte de Jérusalem-Est pour reporter, voire annuler les élections, c'est qu'il est confronté à une fronde au sein de son parti, le Fatah, estiment ses détracteurs.

Au total, plus d'une trentaine de listes électorales rivalisaient pour les législatives, dont deux courants défiant le Fatah de l'intérieur : celui de l'opposant de longue date Mohammad Dahlane, exilé aux Émirats, et celui du neveu de Yasser Arafat, Nasser al-Kidwa.

Outre ces deux courants, Mahmoud Abbas fait face aux islamistes armés du Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, territoire de 2 millions d'habitants, mais cherche aussi à étendre son influence en Cisjordanie, où vivent 2,8 millions de Palestiniens, dans le cadre notamment d'un éventuel "gouvernement d'union" avec le Fatah.

Déception de l'Union européenne

Le report des élections palestiniennes est "profondément décevant", a estimé le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Josep Borrell, peu après l'annonce de Mahmoud Abbas. 

"Nous encourageons fortement tous les acteurs palestiniens à reprendre leurs efforts" pour poursuivre les discussions qui ont eu lieu récemment, a-t-il-ajouté, appelant Israël à faciliter ce scrutin dans tous les territoires, "y compris Jérusalem-Est".

"Une nouvelle date doit être fixée sans délai", a poursuivi Josep Borrell, rappelant que l'UE a "constamment exprimé son soutien pour des élections crédibles, inclusives et transparentes pour tous les Palestiniens".

Avec AFP

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