Le président israélien dénonce un "pogrom" après des émeutes dans la ville de Lod

Des forces de sécurité israéliennes dans une rue de Lod, près de Tel-Aviv, le 12 mai 2021.
Des forces de sécurité israéliennes dans une rue de Lod, près de Tel-Aviv, le 12 mai 2021. © Ahmad Gharabli

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a décrété, mercredi, l'état d'urgence dans la ville de Lod (centre). Depuis deux jours, cette ville mixte, habitée par des juifs et des Arabes israéliens, est le théâtre de violents conflits inter-communautaires. 

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La cohabitation entre juifs et Arabes israéliens semble voler en éclats. Alors qu'une pluie de roquettes s'abattait sur Israël mercredi 12 mai, et que des frappes aériennes visaient la bande de Gaza, des violences ont éclaté pour la troisième soirée consécutive dans plusieurs villes mixtes de l'État hébreu, notamment à Lod, près de Tel-Aviv. 

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait cependant décrété l'état d'urgence, quelques heures auparavant, dans cette municipalité de 77 000 habitants, dont 47 000 juifs et 23 000 Arabes israéliens. Depuis lundi soir, plusieurs dizaines de personnes y ont été blessées dans des affrontements visant aussi bien les deux communautés. 

Mardi, trois synagogues et un cimetière musulman ont été incendiés ainsi que plusieurs commerces et des dizaines de véhicules. Sur des images largement partagées sur les réseaux sociaux, on voit ainsi des jeunes hommes sortir des rouleaux de la Torah en toute hâte, de l'une de ces synagogues.

"C'est le début d'une guerre civile"

Selon le maire de la ville, Yair Revivo, l'hôtel de ville ainsi qu'un théâtre municipal ont par ailleurs été attaqués. "C'est le début d'une guerre civile", a-t-il réagi, cité par le journal israélien The Times of Israel, déplorant que des "dizaines d'années de coexistence entre juifs et Arabes" se soient "effondrées".

"Il y a déjà eu des heurts similaires dans le passé", analyse Bruno Daroux, chroniqueur international pour France 24. "Ce qui frappe, c'est effectivement l'ampleur de ces accrochages entre Arabes israéliens et citoyens juifs."

Descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d'Israël en 1948, les Arabes israéliens constituent environ 20 % de la population d'Israël. La plupart d'entre eux parlent l'arabe et l'hébreu et se sentent proches des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza occupés. Cette communauté se dit cependant régulièrement victime de discrimination par rapport à la majorité juive, accusant notamment les autorités de laxisme dans leurs localités.

"Les Arabes israéliens étaient déjà en colère contre Benjamin Netanyahu, depuis que ce dernier a mis en avant la question d'Israël devant être un État juif", rappelle par ailleurs le chroniqueur international."Ils se demandent ce que signifierait pour eux un État juif : pourraient-ils rester ? Comment seraient-ils considérés ?"

"Nous avons un mécontentement de fond qui explose aujourd'hui à la faveur de ce qui est considéré, par de nombreux jeunes Arabes israéliens, comme une injustice de la part de la police israélienne à Gaza", résume Bruno Daroux.

La situation s'était détériorée à Lod dès lundi soir, après la mort d'un Arabe israélien lors de premiers accrochages avec les Israéliens. 

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"Un pogrom impardonnable"

Alors que des unités de police, des gardes-frontières habituellement basés en Cisjordanie, ont été déployées dans la ville, le président israélien, Reuven Rivlin, a dénoncé un "pogrom impardonnable." "Les scènes de pogrom à Lod et les troubles à travers le pays de la part d'une foule arabe assoiffée de sang, blessant des personnes, endommageant des biens et s'attaquant même à des lieux sacrés juifs, sont impardonnables", a-t-il réagi dans un communiqué.

Depuis lundi, plusieurs villes mixtes, comme Lod, et des localités arabes israéliennes sont le théâtre de violences inter-communautaires. Dans la ville côtière d'Acre, un restaurant de poisson appartenant à des juifs a été incendié et certains résidents Arabes ont déclaré qu'ils avaient peur de sortir de chez eux.

À Haïfa et Jaffa, ainsi que dans la ville arabe de Nazareth, des manifestants arabes ont brandi des drapeaux palestiniens et scandé des slogans pour soutenir ceux qui risquent d'être expulsés du quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, dans le cadre d'un contentieux en justice.

Au total, mercredi, 270 personnes avaient été arrêtées dans ces violences en Israël, selon la police.

"Le gouvernement israélien doit poursuivre les émeutiers avec fermeté", a poursuivi Reuven Rivlin mercredi, fustigeant un "silence honteux" des responsables politiques arabes israéliens face aux violences.

"La destruction, par des émeutiers arabes, d'un drapeau israélien remplacé par le drapeau palestinien est une attaque brutale à l'encontre de l'existence commune dans l'État d'Israël", a-t-il ajouté.

Les citoyens arabes d'Israël faisaient partie des milliers de manifestants qui ont affronté ces derniers jours la police israélienne près de la mosquée Al-Aqsa et ailleurs dans la vieille ville de Jérusalem.

Avec Reuters et AFP

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