Renault-Nissan : l'ex-PDG Carlos Ghosn face à des magistrats français à Beyrouth

L'ancien patron de Renault-Nissan Carlos Ghosn lors d'une audition à Beyrouth, le 26 mai 2021.
L'ancien patron de Renault-Nissan Carlos Ghosn lors d'une audition à Beyrouth, le 26 mai 2021. © AFP

Des magistrats français en déplacement à Beyrouth ont entendu, lundi, l'ancien patron de Renault-Nissan Carlos Ghosn. C'est la première audition du genre pour les enquêtes qui le visent à Nanterre et Paris.

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Première audition devant des magistrats français pour Carlos Ghosn. L’ancien patron de Renault-Nissan a été entendu lundi 31 mai par des juges en déplacement, dans le cadre d’enquêtes qui le visent à Nanterre et à Paris, en tant que témoin assisté.

La première journée d'audition, entamée à 10 h à la Cour de cassation de Beyrouth et entrecoupée d'une pause, s'est terminée peu avant 18 h, selon une source judiciaire.

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Costume sombre, mallette à la main et masque de protection sur le visage, Carlos Ghosn est arrivé discrètement et est reparti sans être vu par les journalistes à l'extérieur du bâtiment.

"C'est une occasion que Carlos Ghosn attendait depuis longtemps, montrant que les accusations portées contre lui sont sans fondement", a indiqué aux journalistes un de ses avocats, Jean-Yves Le Borgne, à l'issue de cette première journée.

"C'est la toute première fois que notre client peut s'expliquer devant des juges avec ses avocats assis près de lui et après avoir préparé sa défense", a indiqué un autre avocat, Jean Tamalet.

Âgé de 67 ans et visé par un mandat d'arrêt d'Interpol, l'ancien homme d'affaires, qui a les nationalités libanaise, française et brésilienne, est contraint de rester au Liban depuis sa fuite rocambolesque du Japon en décembre 2019. Il sera interrogé tous les jours jusqu'à vendredi, de 10 h à 18 h locales avec une pause, selon une source judiciaire libanaise.

Au menu des séances d'interrogatoire : deux fêtes au château de Versailles, dont une que la justice soupçonne d'avoir été organisée en l'honneur des 60 ans du patron déchu, des flux financiers avec un distributeur commercial à Oman, ainsi que des prestations de conseil quand Carlos Ghosn était PDG de Renault-Nissan.

Une nouvelle plainte

Arrêté en novembre 2018 sur le tarmac de l'aéroport de Tokyo, Carlos Ghosn avait été remis en liberté sous caution après plusieurs mois de détention, avec interdiction de quitter l'archipel dans l'attente de son procès pour des soupçons de malversations financières chez Nissan, quand il a déjoué la surveillance des autorités.

Vraisemblablement caché dans un caisson de matériel audio à bord d'un jet privé, il a assuré ne pas avoir "fui la justice", mais avoir voulu "échapper à l'injustice", dénonçant un "complot" des autorités japonaises.

Les enquêteurs français s'intéressent à lui notamment pour des soupçons d'abus de biens sociaux : en juillet 2020, un juge d'instruction avait demandé à l'entendre, mais il avait assuré ne pas pouvoir quitter le Liban.

Des juges d'instruction de Nanterre et de Paris ont donc fait le déplacement pour l'audition, qui se déroule en présence d'enquêteurs de l'Office anticorruption, mais aussi d'un procureur libanais.

À Nanterre, la justice soupçonne Carlos Ghosn d'avoir tiré un bénéfice personnel d'une convention de mécénat entre Renault et l'établissement qui gère le Château de Versailles, en y organisant deux soirées.

Les enquêteurs se penchent aussi sur plusieurs millions d'euros de paiements considérés suspects entre RNBV, filiale néerlandaise incarnant l'alliance Renault-Nissan, et le distributeur du constructeur automobile français à Oman, Suhail Bahwan Automobiles (SBA).

Dernier rebondissement : une nouvelle plainte, déposée le 18 mai. Une actionnaire de Renault accuse Carlos Ghosn d'avoir fait verser par le groupe automobile des "sommes conséquentes" à RNBV à "l'insu des actionnaires".

À Paris, après une plainte de la même actionnaire, des juges d'instruction s'intéressent depuis 2019 à des prestations de conseil conclues par RNBV avec l'ancienne ministre française de la Justice Rachida Dati et le criminologue Alain Bauer, qui nient toute irrégularité des contrats.

La défense dénonce des "irrégularités de procédure"

"La défense a d'ores et déjà identifié dans les dossiers français des irrégularités de procédure qu'elle estime graves", avaient dénoncé les trois avocats de Carlos Ghosn avant les interrogatoires. "Ces anomalies, qui fragilisent le processus judiciaire, proviennent des méthodes singulières de l'enquête japonaise, qui demeure la source principale des dossiers français."

L'ex-magnat "n'a pour lors aucune possibilité de contester la légalité de la procédure", constatent ses avocats. "Seul le statut de mis en examen", qu'ils "appellent de (leurs) vœux, lui permettra de dénoncer les vices juridiques affectant le dossier et de faire réaliser des auditions".

En étant mis en examen, Carlos Ghosn pourrait avoir accès au dossier, connaître les charges qui pèsent sur lui, mais surtout demander des actes, notamment des contre-expertises, des auditions de témoins et des confrontations.

Mais cette mise en examen ne pourra pas intervenir tant que Carlos Ghosn n'est pas sur le sol français.

Avec AFP

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