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Climat : cinq ans après sa signature, que reste-t-il de l'accord de Paris ?

L'accord de Paris, premier traité international visant à réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, fête ses cinq ans, le 12 décembre 2020.
L'accord de Paris, premier traité international visant à réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, fête ses cinq ans, le 12 décembre 2020. © Lionel Bonaventure, AFP

Le 12 décembre 2015, un accord historique sur le climat était signé à Paris par 195 pays lors de la COP21, embarquant la planète dans le projet de stabiliser le réchauffement climatique en dessous de 2°C, voire 1,5°C. Cinq ans et une pandémie plus tard, que reste-t-il de ces engagements ? France 24 fait le point.

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C’est dur d’avoir cinq ans en 2020. En pleine pandémie, et à l’issue d’une année marquée par une crise sanitaire sans précédent, de nouveaux records de températures et de gigantesques feux de forêts en divers points du globe, l’accord de Paris sur le climat fête, samedi 12 décembre, son cinquième anniversaire.

Le 12 décembre 2015, était signé à Paris – par 195 pays – le premier traité international visant à réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre afin de contenir le réchauffement climatique en-dessous de 2°C (voire 1,5°C dans la mesure du possible). Un accord "juste, durable, dynamique, équilibré et juridiquement contraignant", avait alors déclaré le président de la COP21, Laurent Fabius, ému aux larmes. Mais cinq ans plus tard, que reste-t-il des engagements pris dans le cadre de cet accord historique ?

Vers une augmentation de la température de plus de 3°C

"Ce marteau est petit, mais il peut faire de grandes choses", avait déclaré Laurent Fabius au Bourget, scellant l’accord de Paris après plus de dix jours de discussions. En septembre dernier, l’ancien chef de la diplomatie française, alertait, dans son livre "Rouge carbone" (Observatoire), sur le maigre bilan de cet accord.

Sur les réseaux sociaux, la jeune militante écologiste suédoise Greta Thunberg a, quant à elle, dénoncé des "promesses vides", affirmant que "nous fonçons toujours dans la mauvaise direction". Un constat confirmé mercredi par le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) qui, à trois jours de l’anniversaire de l’accord, a publié un rapport peu reluisant.

En effet, si les 195 pays signataires s’étaient engagés à contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, la planète pourrait davantage se rapprocher des 3°C de réchauffement, a notamment alerté l’ONU, précisant que la baisse des émissions de gaz à effet de serre induite par la pandémie de coronavirus aurait un effet "insignifiant". Les températures ont d’ailleurs déjà augmenté de 1,1°C par rapport à la période de référence, située à la fin du 19e siècle.

Pour la troisième année consécutive, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté, atteignant un niveau record en 2019, avec plus de 59 milliards de tonnes équivalent CO2. Cette aggravation s’explique notamment par la prolifération des feux de forêt, en Australie à l’hiver 2019, puis en Amazonie et en Californie, courant 2020.

"L'année 2020 est en passe d'être l'une des plus chaudes jamais enregistrées, avec des incendies de forêts, les sécheresses, les tempêtes et la fonte des glaciers qui s'intensifient", résume le programme de l’ONU pour l’environnement. Autant de paramètres qui, couplés à des politiques climatiques inadaptées, pourraient conduire la planète à un réchauffement compris entre 3 et 4°C d’ici 2100, selon ses estimations. "Malgré une brève baisse des émissions de dioxyde de carbone causée par la pandémie de Covid-19, le monde se dirige toujours vers une augmentation de la température de plus de 3°C, bien au-delà des objectifs de l'accord de Paris".

Pays pollueurs et objectif de neutralité carbone

Le rapport du PNUE alerte particulièrement sur la mauvaise trajectoire des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre, et sur leur échec d’associer les plans de relance liés à la crise sanitaire du Covid-19 à la transition verte.

Au cours de la dernière décennie (2009-2019), les quatre principaux émetteurs – la Chine, les États-Unis, l'Union européenne et l'Inde – ont contribué à 55 % du total des émissions de gaz à effet de serre. Des émissions de gaz à effet de serre qui proviennent principalement de la combustion des énergies fossiles pour la consommation d’énergie (charbon, gaz, pétrole), mais aussi de l’industrie, de l’élevage et de la gestion des déchets.

Cinq ans après l’accord de Paris, l’ONU, le Royaume-Uni et la France organisent un sommet virtuel de l’ambition climatique, co-présidé par Emmanuel Macron, afin de célébrer l’accord et réitérer ses objectifs. Un sommet qui sera également l’occasion d'encourager les gouvernements à redoubler d’efforts, et qui se révèle d’autant plus nécessaire qu’il est le seul rendez-vous international sur le climat cette année, la COP26 de Glasgow ayant été repoussée à cause de la pandémie.

Au cours de ce sommet, seuls les pays dont les annonces "seront à la hauteur de l’ambition que nous [l'ONU, le Royaume-Uni et la France] avons fixée", sont autorisés à s’exprimer a indiqué l’Élysée. Au total, six des dix principaux pays pollueurs sont représentés : la Chine, l’Inde, l’UE, les États-Unis, le Canada, et le Japon.

Une trentaine de pays devraient s’engager à atteindre un objectif de neutralité carbone à l'horizon 2050, selon l'Élysée. Plus d’une cinquantaine doivent en outre s'engager à relever leurs plans climatiques à plus court terme. Le sommet organisé samedi pourrait par ailleurs déboucher sur des promesses d’augmenter les financements climat.

>> A lire aussi : Climat : les timides victoires et les gros revers de l'année 2020

La France, loin de son objectif

"Make our planet great again", avait dit Emmanuel Macron, en juin 2018. Détournant le slogan de campagne de Donald Trump après que celui-ci a annoncé le retrait des États-Unis de l'accord de Paris, le président français s'était alors mué en président écologiste, lançant un an plus tard sa fameuse Convention citoyenne pour le climat.

Mais alors que le chef d'État français a présidé, le 8 décembre dernier, un deuxième conseil de défense écologique, celui-ci se voit critiqué sur son bilan environnemental, ses accomplissements n'étant pas à la hauteur des promesses faites au préalable.

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En effet, le projet de loi climat, issu des propositions soumises par les 150 citoyens tirés au sort, contient 80 articles qui ne reprennent que 40 % des propositions émises par les citoyens de la Convention pour le climat, en juin dernier. Une proportion bien inférieure à ce qu'avait promis le président français qui a par ailleurs utilisé, en juin dernier, trois jokers lui permettant d'évincer certaines propositions, alors que celui-ci avait évoqué une convention sans filtre.

"Je ne veux pas dire que parce que les 150 citoyens ont écrit un truc, c’est la Bible ou le Coran", a lancé Emmanuel Macron, lors de son interview par le média Brut, le 4 décembre dernier. Des propos dénoncés par les militants écologistes, dont le secrétaire national du parti Europe Écologie-Les Verts, Julien Bayou, qui n'a pas hésité à comparer le président au produit "Baygon vert", qui "a l'air vert", mais qui "est toxique".

Le but de la Convention citoyenne sur le climat était de mettre la France sur les rails de ce pourquoi elle s'était engagée il y a cinq ans, lors de l'accord de Paris : un objectif de -40 % d'émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, et la neutralité carbone d’ici 2050. Or, avec une baisse de 1 % de ses émissions chaque année, la France fait deux à trois fois moins bien que ce qu'elle avait promis.

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