Accéder au contenu principal

Dominique, chômeur : "Qui va me faire confiance à 50 ans passés ?"

AFP

Licencié économique depuis avril 2012, Dominique R. fait partie de ces nombreux quinquas au chômage qui craignent de ne pas retrouver de travail. Réputés peu mobiles et rigides, les seniors sont aujourd'hui victimes de discrimination à l'embauche.

PUBLICITÉ

"Vous savez, je n’ai pas encore 52 ans. Je n’en ai que 51 … ", rectifie en souriant Dominique R., technico-commercial habitant près de Paris. Depuis son licenciement économique en avril 2012, l’âge a son importance. "Qui va me faire confiance aujourd’hui à 50 ans passés ?, s’inquiète ce père de famille. "Aujourd’hui, les employeurs recherchent des jeunes avec de l’expérience, des qualifications et de la disponibilité".

C’est la première fois en trente ans de carrière que Dominique se retrouve confronté au chômage. Difficile pour lui d'envisager l'avenir sereinement. Pourtant, quand son entreprise spécialisée dans le marquage industriel, qui a fermé "pour des raisons qui obéissent aux règles du capitalisme", lui a proposé d’intégrer un autre atelier de la société, il a préféré refuser. Les perspectives de cette antenne, promise selon lui "à une revente d’ici deux à trois ans", ne l’ont pas rassuré. "Je ne voulais pas prendre le risque d’être à nouveau licencié dans quelques années", a-t-il indiqué avant d’ajouter : "Plus on vieillit, plus il est difficile de retrouver un emploi".

À l’instar de Dominique, beaucoup de demandeurs d’emplois qui ont passé le cap fatidique de 45-50 ans redoutent de ne plus rien valoir sur le marché du travail. Les chiffres du chômage les confortent dans ce sens. Aujourd’hui en France, la catégorie des plus de 50 ans représentent 30 % des chômeurs depuis un an ou plus, contre 7,73 % pour les moins de 25 ans. Plus inquiétant, le nombre de plus de 50 ans au chômage depuis plus de dix ans augmente de manière significative.

"La souplesse des seniors"

"Les seniors sont confrontés à de réelles difficultés de retour à l’emploi. Et c’est encore plus vrai en temps de crise", constate amèrement Sébastien Bompard, président de l'association À Compétence Égale, qui lutte contre toutes les formes de discrimination sur le marché du travail. Selon lui, le discours des employeurs tel que "pour tel poste je cherche quelqu’un de moins de 40 ans" est malheureusement socialement bien ancré au sein des entreprises. "Et la loi de 2009 [pour favoriser le maintien dans l'emploi des seniors ou leurs recrutements, NDLR], n' a rien changé sur le terrain", ajoute le spécialiste du recrutement.

Selon Sébastien Bompard, "il est temps de changer les mentalités, notamment dans les entreprises". Il faut qu'elle prennent conscience de l'allongement de la durée de la vie professionnelle, ajoute-t-il. "Et elles doivent aussi comprendre l'intérêt de la diversité sur la performance des équipes".

D’après une enquête intitulée "les seniors et l’accès à l’emploi", publiée en février dernier pour À Compétence Égale, seuls 45 % des services de ressources humaines en entreprise interrogés proposent des candidats seniors à leurs managers. Ils justifient ce choix par toute une série de "freins" associés au profil senior tels que la rigidité, le manque de mobilité, le coût ou encore les difficultés à les manager. De leurs côtés, les seniors se disent pourtant prêts à déménager pour la moitié des personnes interrogées, à changer de fonction pour deux tiers d’entre eux, et également à revoir à la baisse leur salaire. "Cela en dit beaucoup sur la notion de souplesse des seniors, qui sont prêts à faire des efforts", affirme Stéphane Bompard.

Pour sa part, Dominique, qui estime ne pas "avoir de prétention financière démesurée", dit juste "vouloir faire vivre sa famille et payer sa maison". Mais retrouver un emploi ne sera pas chose facile pour ce quinqua sans aucune qualification. Sans bac, il fait partie de cette catégorie de chômeurs qui ont le plus de difficultés à réintégrer le marché du travail. Selon l'Insee, les demandeurs d'emploi qui n'ont pas décroché le précieux sésame représentent 55,2 % des chômeurs, contre 22 % des personnes en activité.

Valoriser son expérience

La remise en question a donc été totale pour ce père de famille. Partant du constat que le secteur d’activités dans lequel il évolue depuis près de trente ans est en perte de vitesse, il s’est décidé pour une reconversion professionnelle. "Avec le commerce sur Internet qui se développe et l’acheminement des produits commandé", le Francilien résidant près de l’aéroport de Roissy a décidé de se tourner vers le transport logistique. Pour cela, il a effectué toutes les démarches pour suivre une formation à l’Association de la formation professionnelle des adultes (Afpa) qui débutera à la rentrée pour une durée de dix mois. Durant cette période, Dominique R. continuera de toucher 80 % de son salaire brut grâce au contrat de sécurisation professionnelle signé au moment de son licenciement.

Mais la formation ne garantit pas le retour à l'emploi, prévient Sébastien Bompard, qui parle d’"illusion" et préfère recommander "des formations et une gestion des compétences tout au long de la vie professionnelle". "J’y vois surtout une façon de se réconforter”, ajoute-t-il avant de rappeler "Aujourd’hui, le plus important en entretien d’embauche, c’est de bien valoriser son CV. Il ne faut pas voir son âge comme un handicap, mais plutôt présenter ses dix ans d'expérience en plus comme une réelle expertise et des compétences".

Cette page n'est pas disponible.

Il semblerait qu'il y ait une erreur de notre côté et que cette page ne soit pas disponible. Nos équipes vont se pencher sur la question pour résoudre ce problème au plus tôt.