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Reporters

Les juifs français ont-ils raison d’avoir peur ?

Capture d'écran France 24

"Pour la première fois depuis 70 ans, la France est devenue un pays d’émigration juive." Tel est le constat amer que dresse Joël Mergui, président du Consistoire central israélite. Avec l'augmentation des violences antisémites dans l'Hexagone ces dernières années, certains juifs ne voient pas d'autres solutions que le départ. Vers Israël ou d'autres pays, qu'ils jugent plus sûrs pour leur avenir.

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Le 13 juillet 2014, une partie de la France a les yeux rivés sur la finale de la Coupe du monde de football. Mais à Paris, près de la place de la Bastille, un événement traumatisera pour longtemps la communauté juive.

En marge d’une manifestation contre la guerre à Gaza, la synagogue de la Roquette est attaquée par une centaine de jeunes pour une raison encore inexpliquée. Le bâtiment se trouve à plusieurs centaines de mètres du parcours de la manifestation. Y a-t-il eu provocation de la part de groupes radicaux juifs ? Cinq mois plus tard, il reste difficile de le savoir. 

Le président de cette synagogue, Serge Benhaïm, lui, est formel : "Compte tenu des cris qui ont été proférés, il n’y a aucun doute, c’est bien la synagogue qui était visée". Immédiatement, les réseaux sociaux se sont enflammés. Une semaine plus tard, des synagogues étaient prises pour cible à Sarcelles et à Garges-lès-Gonesse.

Début décembre, alors que nous terminons notre reportage, une nouvelle agression à caractère antisémite a lieu à Créteil, où vit une importante communauté juive. Un couple est séquestré par trois hommes armés, la jeune femme violée. Les agresseurs "partaient de l'idée qu'être juif signifiait que l'on avait de l'argent", nous explique une source proche du dossier. Trois personnes ont été mises en examen, notamment pour violence en raison de l’appartenance religieuse. Le Premier ministre Manuel Valls a dénoncé "l'horreur de Créteil" après cet acte.

"En ce moment, on nous signale deux actes à caractère antisémite par jour", déplore Sammy Ghozlan, président du Bureau de vigilance contre l’antisémitisme, une association créée il y a dix ans, lors d’une autre vague d’antisémitisme. Sur les onze premiers mois de l’année, lui et ses collègues ont dénombré près de 900 menaces et violences contre les juifs, soit plus du double par rapport à l’année dernière. "La parole antisémite s’est libérée", constate-t-il, amer.

Les chiffres officiels du gouvernement sont, eux aussi, sans appel. Selon un rapport, la moitié des violences racistes vise les juifs, alors que la communauté représente moins de 1,5 % de la population française.

"Je ne veux pas que ma fille grandisse en France"

De plus en plus de juifs se posent aujourd'hui la même question : ont-ils un avenir en France ? On ne compte plus le nombre de conférences posant cette question pendant les semaines, où nous réalisions notre reportage. Mi-novembre, lors de la dernière convention nationale du Conseil représentatif des Institutions juives de France (Crif), l’un des séminaires portait justement sur ce sujet.

Et face à cette montée de haine, de plus en plus de juifs préfèrent faire leurs valises. Certains partent vivre au Québec, à Los Angeles, ou San Francisco. "Les demandes de visas de juifs français pour les États-Unis ont doublé depuis le mois de juillet", nous confie Me Elmaleh, avocate spécialiste de l’immigration à Miami. "Très souvent, les gens nous font part des problèmes de sécurité et de la peur. On nous demande même s’il est possible de leur accorder l’asile politique ! Bien sûr, la réponse est négative". À New York et à Montréal, d’autres avocats avec qui nous nous sommes entretenus pour cette enquête nous confirment la tendance.

Mais la plupart des juifs de France choisissent Israël. Près de 7 000 cette année, selon les derniers chiffres de l’Agence juive. Un record. Deux fois plus que l’année dernière et quatre fois plus qu’il y a deux ans. Les réunions d’informations qu’organise régulièrement l’organisation sont prises d’assaut. "Nous sommes obligés de louer des salles plus grandes ces derniers temps", souffle l’une des responsables de l’Agence juive.

Bien sûr, tous les candidats à l’alyah, le retour en Terre sainte, ne partent pas en raison des problèmes sécuritaires. Certains s’y installent avant tout pour des motifs religieux. D’autres pour des raisons économiques, d’autres encore pour profiter d’une meilleure qualité de vie. Mais la montée de l’antisémitisme en France a parfois accéléré leur départ.

C’est le cas pour la patronne d’une grande entreprise que nous avons rencontrée. "L’été dernier, je suis partie en trois semaines m’installer à Tel Aviv", raconte-t-elle, attablée à une terrasse de café à Paris, où elle est de passage pour des raisons professionnelles. "J’aime profondément la France. C’est mon pays, mais ce n’est plus possible. Les choses vont aller en s’empirant et je ne veux pas que ma fille grandisse ici", soupire-t-elle. Mais cette entrepreneuse n’a pas souhaité intervenir devant notre caméra : "Au début, je voulais absolument témoigner, mais j’ai des clients au Moyen-Orient, dans des pays musulmans et je crains que cela puisse avoir des conséquences pour mon travail", explique-t-elle.

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