Une coach de l'équipe de ski d'Iran privée de compétition à l'étranger à cause de son mari

Un membre de l'équipe d'Iran, lors des Jeux olympiques d'hiver de Sotchi en février 2014.
Un membre de l'équipe d'Iran, lors des Jeux olympiques d'hiver de Sotchi en février 2014. © Odd Andersen, AFP

Samira Zargari, une coach de l'équipe d'Iran de ski alpin n'a pas pu se rendre aux championnats du monde organisés en Italie. Son mari, d'avec qui elle est séparée, lui a interdit de quitter le pays. 

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L'équipe féminine d'Iran de ski alpin a dû se passer de l'un de ses coachs lors des Mondiaux organisés en Italie. Samira Zargari n'a pas pu quitter son pays, car son mari l'en a empêchée comme la loi du pays l'y autorise.

Au lieu d'être près de ses skieuses, la jeune femme âgée de 37 ans leur a donné ses directives par téléphone. Samira Zargari les a appelés trois fois jeudi alors qu'elles participaient au slalom géant, avant la course, entre les manches et après la compétition. "Je suis toujours fière de toutes les femmes iraniennes", a déclaré la coach dans un message échangé avec l'agence AP. "Je les aime".

La sportive, qui avait notamment entraîné l'équipe d'Iran lors des JO de Pyeongchang en 2018, est séparée de son mari qui est actuellement en couple avec sa meilleure amie. Après cinq ans de mariage, il a demandé le divorce. "Je n'ai pas voulu et il m'a bloquée", a raconté Samira Zargari ajoutant qu'il se moquait toujours de son travail et de son équipe.

Selon la loi iranienne, les époux peuvent empêcher leur femme de voyager à l'étranger. "Je suis tellement triste. Je ne peux pas y croire", a résumé la coach qui veut lancer une campagne pour faire changer la législation.

La fédération internationale de ski (FIS) a réagi à cette affaire en déclarant son empathie pour "n'importe quel membre d'une équipe [ne pouvant] se rendre aux Mondiaux. Cependant, la FIS n'est pas en position de contester les lois d'un pays".

Le combat des sportives iraniennes

Selon Abbasi, l'une des membres de l'équipe de Samira Zargari, cette situation n'est pas inédite : "Nous avons déjà eu ce problème, mais j'espère que nous pourrons le changer pour toutes les femmes en Iran. Nous essayons". En 2015, la joueuse de football Niloufar Ardalan avait déjà manqué le championnat asiatique de futsal après que son mari eut confisqué son passeport après une dispute.

Le sport féminin a largement disparu en Iran depuis la révolution islamique de 1979. Dans le même temps, il a aussi gagné en popularité, tout spécialement le football. Pour y participer, les joueuses doivent porter le foulard sur le terrain.

Abbasi, l'une des huit membres de l'équipe iranienne (quatre femmes et quatre hommes) à participer aux Mondiaux de Cortina, affirme être libre de conduire, de voyager et de participer à des compétitions en Iran. Elle avoue toutefois que les autorités l'ont empêchée d'accepter certains emplois et qu'elle a dû travailler comme monitrice de ski pour poursuivre sa carrière : "En Iran, peut-être qu'une femme sur 1 000 a des problèmes. Pour notre coach, c'est une femme libre. Elle a voyagé partout dans le monde, tout le temps. Mais cette fois-ci, c'est arrivé. Mais je suis sûre que cela va changer".

"Je veux vraiment rester en Iran et changer la législation, pas seulement pour les femmes, mais tout ce qui freine les athlètes", ajoute-elle. "Les hommes ne peuvent pas acheter d'équipement. C'est pareil pour tout le monde".

Avec AP

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