JEUX OLYMPIQUES

Tokyo 2021 : Soufiane El Bakkali redonne ses lettres de noblesse à l'athlétisme marocain

Le Marocain Soufiane El Bakkali est devenu le premier Marocain médaillé d'or aux Jeux tous sports confondus depuis Hicham El Guerrouj en 2004.
Le Marocain Soufiane El Bakkali est devenu le premier Marocain médaillé d'or aux Jeux tous sports confondus depuis Hicham El Guerrouj en 2004. © Aleksandra Szmigiel, AFP

L'athlétisme marocain a retrouvé de sa superbe grâce à la victoire de Soufiane El Bakkali, sacré champion olympique du 3 000 m steeple à Tokyo. En l'absence de Conseslus Kipruto, l'athlète originaire de Fès a mis fin à l'incroyable domination kényane sur la distance, après neuf titres olympiques consécutifs depuis 1984.

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Le Maroc attendait cela depuis longtemps. Soufiane El Bakkali est devenu, lundi 2 août, le premier Marocain médaillé d'or aux Jeux tous sports confondus depuis la légende Hicham El Guerrouj en 2004. L'athlète a dominé la finale du 3000 m steeple en devançant en 8 min 08 sec 90 l'Éthiopien Lamecha Girma (8'10''38) et le Kényan Benjamin Kigen (8'11''45) pour succéder au palmarès au Kényan Conseslus Kipruto, absent cette année. Grâce à cette victoire, il a mis fin à l'incroyable domination kényane sur la distance, après neuf titres olympiques consécutifs depuis 1984.

"Je suis fier de ce résultat qui vient après beaucoup de travail. Je voulais absolument faire une médaille aux Jeux Olympiques de Tokyo. Quelle médaille ? Je ne savais pas. Mais maintenant je le sais," sourit le lauréat. "Je suis d’autant plus fier que j’ai gagné une course face aux spécialistes, les Kényans", a-t-il déclaré après sa course au micro de RFI.

Une fin de course imparable

Au lendemain de ce succès, les journaux marocains n'ont pas manqué de saluer cette performance, comme le décrit le site le 360° sport. Al Ahdath Al Maghribia a ainsi titré "Un champion en Or" en mettant le spécialiste du demi-fond à l’honneur. Pour Assabah, "Soufiane El Bakkali a sauvé l’honneur des athlètes marocains et de la participation marocaine lors de ces JO", tandis que Al Massae insiste sur le fait que le champion a "fait oublier les échecs précédents au public marocain". 

Aucune star mondiale originaire du royaume n'avait en effet réussi à émerger dernièrement, contrairement à l'âge d'or de l'athlétisme marocain incarné par des figures illustres telles que la "légende" Saïd Aouita (5000 m) et Nawal El Moutawakel (400 m haies), sacrés aux JO de Los Angeles en 1984, ou Hicham El Guerrouj, double champion olympique en 2004 sur 1500 m et 5000 m et toujours détenteur du record du monde du 1500 m (3'26''00). Le dernier podium du Maroc en athlétisme aux Jeux remontait ainsi à 2012 à Londres avec le bronze gagné par Abdalaati Iguider sur 1500 m. En plus de ses mauvaises performances, l'athlétisme marocain a également vu sa réputation entachée par des affaires de dopage.

Soufiane El Bakkali a fait oublier cette période de disette en réalisant une finale parfaite. Ce sont les Éthiopiens qui ont pourtant fait la course et accéléré le tempo après un premier kilomètre d'observation sur une piste détrempée, quelques minutes après un long et intense passage pluvieux. Lamecha Girma, vice-champion du monde en titre, a été récompensé de son travail en tête de peloton en décrochant l'argent, mais il a été débordé assez facilement par Soufiane El Bakkali dans les derniers 200 mètres, le Kényan Benjamin Kigen prenant la 3e place à bonne distance.

De progrès constants

Le coureur de Fès est issu d'une famille modeste. À l'adolescence, il se fait remarquer par la section athlétisme du Fès Country Club lors d'une grande opération de détection et destinée exclusivement aux 3 600 écoliers du quartier populaire d'El Merja. En 2013, il intègre l'Académie internationale Mohammed-VI d’Ifrane.

Trois ans plus tard, il se révèle à 20 ans aux Jeux olympiques de Rio où il prend la 4e place. Depuis, il ne cesse de progresser, comme le décrit le site officiel des Jeux olympiques. En 2017, il tutoie les sommets. En juin, il prend le départ de sa distance de prédilection au meeting de Rome à côté d’un certain Conseslus Kipruto, champion olympique de Rio et détenteur du record olympique de 3 000 m steeple. Il se classe deuxième de la course juste derrière Kipruto et améliore son record personnel de huit secondes portant sa meilleure marque à 8'05''07.

Le mois suivant au meeting de Rabat, il bat Kipruto et améliore une nouvelle fois son record personnel. Puis lors des Championnats du monde à Londres, il devient vice-champion du monde de la distance, avant de décrocher le bronze à Doha en 2019.

"Du haut de ses 191 cm, il est l’un des plus grands coureurs du 3 000 m steeple du circuit. Un avantage certain pour passer les haies et qui permet au Marocain de rester au contact des maîtres de la discipline, les Kenyans, plus petits mais plus endurants", précise le site des Jeux olympiques. "Si on devait concevoir la morphologie parfaite d’un coureur élite de 3 000 m steeple, Soufiane serait exactement ce qu’il faut rechercher", a également expliqué le professeur Greg Whyte, scientifique du sport en charge d'une étude  à l’Institut de Santé et de Performance de Manchester pour la série "Anatomy of" de Olympic channel.

Le sportif marocain a pu compter sur son physique hors-norme, mais aussi sur une préparation stricte. En plus de respecter la bulle sanitaire qui protège les athlètes d'un contamination au Covid-19, l'entraîneur de Soufiane El-Bakkali lui a aussi imposé une bulle sociale en le coupant de tous les réseaux sociaux. Une méthode payante. Soufiane El Bakkali a décroché le septième titre olympique de l'histoire du Maroc, tous obtenus en athlétisme, les deux derniers lors du retentissant doublé 1 500 / 5 000 m de la légende de la piste Hicham El Guerrouj. À 25 ans, son digne successeur a encore tout l'avenir devant lui. 

Avec AFP

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