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Comment la France tente de gérer la radicalisation dans les prisons

L’attaque au couteau menée par un détenu contre deux surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne, relance le débat sur la gestion des individus radicalisés en milieu carcéral. Décryptage avec notre chroniqueuse Armelle Charrier.

L’attaque au couteau menée, mardi 5 mars, par un détenu contre deux surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe, dans l’ouest de la France, relance le débat sur la gestion des individus radicalisés en milieu carcéral.

Ce mercredi, une soixantaine de surveillants bloquaient la prison de Condé-sur-Sarthe pour protester contre leur condition de travail. Dix-sept autres établissements, selon l’administration pénitentiaire, étaient également touchés par des blocages ou des débrayages.

Interpellé mardi soir à la suite d’un assaut du Raid au cours duquel sa compagne a été tuée, l’auteur de l’attaque était un détenu de droit commun qui fréquentait normalement les ateliers de la prison et n'était ni en quartier de prévention de la radicalisation (QPR), ni en quartier d'évaluation. En novembre 2015, alors qu’il était incarcéré, il avait été condamné à un an de prison ferme pour avoir demandé à ses codétenus de "rejouer" l'attaque du Bataclan dans la cour de la maison d'arrêt de Mulhouse.

"Le caractère terroriste" de l’attaque de Condé-sur-Sarthe "ne fait aucun doute", a déclaré la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. "À froid, évidemment, il faudra tirer toutes les conséquences de cette attaque terroriste", a-t-elle estimé.

Un couteau qui passe les détecteurs

Selon la ministre, le couteau – une source syndicale pénitentiaire parle de deux couteaux – était en céramique. Il a pu être introduit par la femme du détenu dans cet établissement, profitant du fait que les détecteurs de métaux ne repèrent pas la céramique. "J'ai demandé à ce qu'une mission de l'inspection générale de la justice soit immédiatement diligentée", notamment pour comprendre comment le couteau a été introduit dans la prison, a précisé la Garde de sceaux. De son côté, le procureur de la République a déclaré que trois gardes à vue étaient en cours.

"Le problème de radicalisation en prison est un important problème en France, rappelle Armelle Charrier, chroniqueuse à France 24. Il existe, dans le pays, trois prisons chargées de surveiller des individus radicalisés, dont celle de Condé-sur-Sarthe. Quand il y a radicalisation, il y a tout un processus destiné à savoir où en sont les prisonniers avec leur fondamentalisme religieux. Pendant près de quatre mois, les personnes vont être suivies par des psychologues et des experts qui vont essayer de mesurer leur aptitude à abandonner ou à continuer dans cette voie. Ce qui permettra de déterminer les conditions de leur détention."

L’épineux dossier du retour des jihadistes

Dans ce contexte, le retour des jihadistes français partis combattre en Syrie et en Irak suscite des interrogations. "Ce sont des combattants, ce sont ceux qui sont allés sur le terrain, commente Armelle Charrier. C'est-à-dire qu’ils exercent un attrait sur les autres, c’est pourquoi Paris souhaitait les laisser là où ils avaient combattu." Mais, aujourd’hui, le retrait annoncé des Américains de Syrie rebat les cartes. La justice française pourrait être amenée à gérer ce délicat dossier. Et à statuer sur leur condition de détention.

Plus largement, la radicalisation de certains détenus met en exergue les conditions d’incarcération dans l’Hexagone. "La politique carcérale de la France, c’est un souci depuis des décennies, observe Armelle Charrier. La France n’est pas bien placée dans les classements, comme ceux d’Amnesty International. Les prisons sont occupées à 116 % : il y a donc plus de prisonniers que de places. Or, si on parle de radicalisme, il faut un réaménagement des prisons françaises, il faut davantage de quartiers protégés, davantage de cellules individuelles, davantage de surveillance. En clair, il faut plus d’argent."

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