FRANCE

"Les Roms sont victimes d’un mécanisme de déshumanisation"

Pour les associations œuvrant auprès des Roms, les récentes attaques contre des membres de cette communauté en Seine-Saint-Denis sont le résultat conjugué de "préjugés séculaires" et d’une violence sociale. Entretien avec Manon Fillonneau, déléguée générale du Collectif national droits de l’Homme – Romeurope.

Voleurs d'enfants, trafiquants d'organes, proxénètes… Faussement accusés d'être à l'origine d'enlèvements d'enfants après des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, plusieurs membres de la communauté rom en France ont été agressés dans la nuit de lundi 25 à mardi 26 mars en Seine-Saint-Denis par des dizaines de personnes.

Huit prévenus ont été jugés jeudi 28 mars, en comparution immédiate, à Bobigny. Ils sont accusés d'avoir participé à une expédition punitive à Clichy-sous-Bois contre des Roms.

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"Des dérives inacceptables" pour le gouvernement français, qui y voit "la nécessité absolue de lutter contre les 'fake news'". Mardi soir, des associations de défense des Roms avaient déjà dénoncé le retour d'un "racisme séculaire". L'association SOS Racisme a de son côté indiqué mercredi dans un communiqué avoir interpellé "Facebook, Snapchat, Twitter et Jeuxvideo.com pour leur demander de modérer et de stopper les rumeurs qui circulent sur leurs plateformes".

L'Île-de-France n'est pas la seule région concernée. Des rumeurs d'enlèvements "à l'aide d'une camionnette blanche ou bleue" dans la région de Valenciennes (Nord) avaient ainsi été relayées en janvier, et démenties quelques jours plus tard par les autorités du département.

En Inde, des rumeurs propagées via la messagerie WhatsApp sur la prétendue présence de ravisseurs d'enfants ont coûté l'an dernier la vie à au moins 25 personnes, d'après des médias locaux.

Selon les estimations, entre 15 000 et 20 000 Roms vivent en France et viennent essentiellement d'Europe centrale et orientale (Roumanie, Bulgarie, pays de l'ex-Yougoslavie) où ils souffrent de discriminations.